samedi 12 mars 2011

MORT VIVANT

Je déambule dans la rue noire
Luttant contre cette terrible envie de boire.
Anonyme dans une ville anonyme,
Je lutte contre mon démon quotidien, la déprime.

L'alcool n'est pas une solution
Seulement un moyen, développé dans l'amertume
D'oublier pour un instant mes désillusions
Et de trouver du bonheur dans la platitude.

Je suis tout jeune, vingt ans à peine,
Mais il n'y a plus rien en ce monde que j'aime.
J'ai déjà connu tant de défaites
Que je ne tente plus quoi que ce soit, sûr de l'échec

Mes yeux se posent sur le béton
Des trottoirs, où se dressent seuls de tristes clochards.
Ils me quémandent de leurs yeux suppliants un rond
Mais je poursuis ma route, feignant ne pas les voir.

Leur vue rappelle à ma mémoire
Le souvenir de ce que je fus: j'aimais croire
Qu'était possible une justice sociale.
Ma générosité était alors sans égale.

Mais trop souvent, je fus floué:
On s'est joué de moi, de ma tendre innocence,
On a retourné contre moi cette qualité
Si bien que je ne peux plus jamais faire confiance

Le nez dans mon verre, j'ai cédé:
Le démon de l'alcool a encore gagné.
L'ivresse me possède, et je revois
L'amoureux passionné qui m'habitait autrefois.

Ma passion m'a quitté aussi,
Laissant mon coeur saignant et à jamais blessé
Lorsque ses yeux se sont tournés vers mon ami
J'ai su qu'à tout jamais mon coeur serait gâté.

Fatigué, je suis fatigué
De voir ainsi mes illusions s'envoler
Une après l'autre, elles s'en sont allées
Me laissant entièrement vide de sens et dépouillé.

Je n'ai plus rien, que du dégoût
Et de l'amertume pour cette réalité morte.
La lassitude s'est installée, comme un caillou
Dans le trou laissé par la fleur qu'on cueille de force.

Voilà ce que je noie chaque nuit,
Ce sentiment permanent d'être sans vie.
Tel est mon constat en cette nuit noire:
Je ne suis plus qu'une ombre diffuse, sans éclat ni gloire.

Mort vivant, je suis un mort vivant.