dimanche 10 juillet 2011

LA HANTISE DU VÉTÉRAN

Vieillard dans un corps de garçon
Il reste étendu dans l’obscurité
L’oreille aux aguets, secoué de frissons,
L’œil vif, craignant pour sa sûreté.

Dans sa tête, les souvenirs se bousculent
Tous plus horribles les uns que les autres.
Il revoit ses amis, forts comme Hercule,
S’écrouler sous les balles, tués par l’Autre.

L’Autre, qu’il est chargé de débusquer
Et d’abattre sans faire de quartier,
L’Autre, qui a toujours là demeuré
Et qui, maintenant, se voit chassé.

Le déluge de balles et de bombes
Semble si vivant dans sa tête.
Il les entend, toujours ils tombent
Jamais ces bruits ne s’arrêtent.

Et il reste là, pétrifié,
Complètement prisonnier de son passé;
Les larmes et le sang ne peuvent être effacés,
Toujours ces souvenirs le possèdent tout entier.

Même s’il est de retour à la maison,
Il reste là, incapable de bouger.
Dans la rassurante obscurité du salon,
Il laisse son esprit malade divaguer.

Si seulement cette hantise pouvait cesser,
Si seulement il pouvait se libérer de son passé.
Le poids de la mémoire est trop lourd à porter,
Il aimerait tant s’en débarrasser

Et retrouver la paix qui, jadis, l’habitait,
Lorsqu’à chaque coin de rue qu’il rencontrait
Il ne craignait pas d’en voir surgir un ennemi,
Un homme armé, voulant lui prendre la vie.

Mais les souvenirs sont maintenant gravés en lui
Et il devra les porter, pour le reste de sa vie,
Et apprendre à vivre avec cette horrible peur
Qui à tout jamais, lui serrera le cœur.

samedi 9 juillet 2011

LE SENTIER

Dans les profondeurs de tes yeux
Je me surprends à plonger et rêver
À une vie sans nuages, où, heureux,
Nous pourrions enfin nous exalter

Dieu, que j'aimerais croire à cette vision,
Croire que le bonheur est à portée de main.
Mais dès que je tends les bras, je perds pied,
Mes mains se ferment sur le vide de ma vie

Et je m'effondre, plus que jamais soucieux,
Soucieux de trébucher, de tes pensées.
J'aimerais tellement être plus audacieux
Mais je reste hanté par mon passé.

Je n'ose donc prendre cette direction,
Affronter le sentier vers ton jardin.
J'ai trop peur de ce ravin à enjamber
Peur d'y tomber, et d'y laisser la vie.

Je reste sur le bord du chemin, priant les cieux
De me donner le courage d'avancer
Vers toi, pour remplir ce creux
Qui, depuis trop longtemps, occupe mes pensées.

Et toi, tu ne vois pas mon obsession.
Tu crois que, pour toi, je ne ressens rien,
Rien d'autre qu'une trop commune amitié,
Et j'ai peur qu'en me révélant, notre lien soit détruit.

Et pourtant, nous serions si heureux
Si cet amour pouvait se développer.
Voilà pourquoi j'affronte mon esprit peureux
Et pour une fois, laisse mon coeur aller.

Une bonne respiration, et je m'engage sur le sentier.