Je suis seul en cet obscur soir
Et j’ai le goût irrépressible de boire
Afin de noyer ma profonde tristesse
Dans les joies éphémères de l’ivresse
L’alcool ne règle en rien le problème
Il ne fait que me rendre plus pâle et défait
Mais ce nectar, pourtant, je l’aime
Et le boit goulûment jusqu’à l’excès
Je bois, encore et encore, amer
Pour échapper à l’enfer sur terre
Celui de devoir renoncer
À ce que je cherchais tant à gagner
Je suis décidément damné
Condamné à la solitude
Seule la bouteille peut me redonner
Cette joie de vivre, cette béatitude
Que je ressentais en présence de ma bien-aimée
Celle qui m’a ravi le cœur de son regard sacré
Tant par sa douceur que par sa pénétrance
D’une telle force qu’il me mettait en transe
Idiot, tu sais bien que ce n’est pas elle
Qui t’a obligé à ressentir cette émotion
La vérité est que la peur t’a coupé les ailes
Et que tu as renoncé à conquérir son horizon
Ne soit donc pas étonné à présent
Qu’elle repousse ton cœur si brûlant
Tu avais cru qu’elle pourrait t’aimer
Mais tu avais négligé son amitié
L’alcool enflamme ma gorge et se dépose
Comme un baume sur la plaie béante de mon cœur
L’hémorragie, pour un temps, s’arrête, et j’ose
Remercier de nouveau cette horreur
Que l’on nomme vie, ou encore destinée,
Celle qui tend aux Hommes des chemins tout tracés
Et les parsèment de pièges, d’embûches et d’épreuves
Pour les enfoncer dans le désespoir de leurs œuvres
Mes illusions envolées
Reviennent avec le whisky
Et mes rêves semblent à nouveau se réaliser
Comme portés par un vent d’espoir infini
J’oublie donc tout le mal qu’elle m’a fait
Et remercie la vie de ses bienfaits
Car mon rêve tenace ne meurt pas
Je serai aimé, gardons-en la foi
En attendant, la bouteille me comblera
mercredi 18 juin 2008
lundi 16 juin 2008
Reprise en main
C’est une pensée noire qui me tourmente
Ce sont des pulsions qui sans cesse me hantent
Je suis incapable de renoncer
À ce désir qui me fait succomber
J’ai peur de l’amour après l’avoir désiré
Je crains ce sentiment dont je suis possédé
Je sais qu’il s’agit d’une félicité
Mais j’ai peur, si peur d’être blessé
Chat échaudé craint l’eau froide, dit-on
Jamais affirmation ne fut plus justifiée
J’ai souffert plus que ma part de cette émotion
Qui m’a laissé on ne peut plus bouleversé
Célibataire par choix et nécessité
J’avais cru ainsi pouvoir me retrouver
Alors qu’en fait je renonçais à ma personnalité
Par la seule crainte d’être blessé
Je me reprends en main désormais
Je refuse de continuer
De renier ma nature profonde et vraie
Celle qui veut être aimée
Ce sont des pulsions qui sans cesse me hantent
Je suis incapable de renoncer
À ce désir qui me fait succomber
J’ai peur de l’amour après l’avoir désiré
Je crains ce sentiment dont je suis possédé
Je sais qu’il s’agit d’une félicité
Mais j’ai peur, si peur d’être blessé
Chat échaudé craint l’eau froide, dit-on
Jamais affirmation ne fut plus justifiée
J’ai souffert plus que ma part de cette émotion
Qui m’a laissé on ne peut plus bouleversé
Célibataire par choix et nécessité
J’avais cru ainsi pouvoir me retrouver
Alors qu’en fait je renonçais à ma personnalité
Par la seule crainte d’être blessé
Je me reprends en main désormais
Je refuse de continuer
De renier ma nature profonde et vraie
Celle qui veut être aimée
samedi 14 juin 2008
RÉSOLUTION
Chaque fois que je la vois, en avant toute
Chaque fois que je suis seul, tous ces doutes
M’assaillent sans se lasser ou s’effacer
Sans jamais franchir le cap de devenir vérité
Chaque fois que je la vois, je suis pétrifié
De sentir ces papillons dans mon estomac
Et ma raison essaie de mettre au pas
Ce flot d’émotions dont je suis submergé
Cette demoiselle réveille en moi
Un côté que je désire terrassé
Car trop souvent il m’a floué
M’induisant en erreur et en émoi
Mais envers et contre tous, même la raison
Je laisse aller mes émotions
Et pour une fois au moins, j’aurai tenté
De cultiver l’amour sans l’étouffer
Car je t’aime plus qu’on pourrait l’imaginer
Chaque fois que je suis seul, tous ces doutes
M’assaillent sans se lasser ou s’effacer
Sans jamais franchir le cap de devenir vérité
Chaque fois que je la vois, je suis pétrifié
De sentir ces papillons dans mon estomac
Et ma raison essaie de mettre au pas
Ce flot d’émotions dont je suis submergé
Cette demoiselle réveille en moi
Un côté que je désire terrassé
Car trop souvent il m’a floué
M’induisant en erreur et en émoi
Mais envers et contre tous, même la raison
Je laisse aller mes émotions
Et pour une fois au moins, j’aurai tenté
De cultiver l’amour sans l’étouffer
Car je t’aime plus qu’on pourrait l’imaginer
Libellés :
décision,
poème romantique
mardi 3 juin 2008
AMOUR ET PEUR
Quelle est cette étrange impression?
Quel est ce sentiment qui me submerge?
J’ai toujours été considéré comme un homme bon
Alors pourquoi ais-je si peur de me perdre?
J’ai peur de tout et de rien
De me brûler en jouant avec les flammes
C’est comme si je me noyais dans un bain
Je suffoque pour une femme
Je ne sais plus quoi faire
Je n’ai plus aucun repère
J’aimerais survivre à la marée
Mais elle est assez forte pour me tuer
Je meurs chaque jour pour elle
Je souffre d’un sentiment puissant
Aussi doux que de la dentelle
Aussi meurtrier qu’un ouragan
Je ne peux continuer ainsi
Cette souffrance me détruit
Et pourtant je veux continuer
Car je ne cesse de l’aimer
Quel est ce sentiment qui me submerge?
J’ai toujours été considéré comme un homme bon
Alors pourquoi ais-je si peur de me perdre?
J’ai peur de tout et de rien
De me brûler en jouant avec les flammes
C’est comme si je me noyais dans un bain
Je suffoque pour une femme
Je ne sais plus quoi faire
Je n’ai plus aucun repère
J’aimerais survivre à la marée
Mais elle est assez forte pour me tuer
Je meurs chaque jour pour elle
Je souffre d’un sentiment puissant
Aussi doux que de la dentelle
Aussi meurtrier qu’un ouragan
Je ne peux continuer ainsi
Cette souffrance me détruit
Et pourtant je veux continuer
Car je ne cesse de l’aimer
Libellés :
amour à sens unique,
poème romantique
samedi 31 mai 2008
CONFUSION
Je suis vraiment mélangé
Je ne sais plus quoi faire
Sans aucun doute, je suis charmé
Mais je n’ai plus aucun repère
Cette femme est tellement belle
Et son sourire si chaleureux
Charmerait les anges du ciel
Et rendrait le moindre des hommes heureux
Et pourtant mon cœur si ardent
Ne peut contrôler cette tête si froide
Qui, pesant les pour et les contre, prend
L’amour comme un fléau crade
L’amour est une malédiction
Qui rend un cœur si misérable
Mais cette terrible tentation
Me tourmente de façon inlassable
L’amour est le plus beau sentiment qui soit
Un poison que tous désirent ardemment
Mais aucun poison ne nous laisse coi
Car tous amènent souffrances et tourments
Et pourtant il vaut la peine de vivre
Il est la seule chose qui importe
Cet alcool rend tout homme ivre
Et réveille en lui la flamme morte
Lorsque la chance se présente
Il faut la saisir sans tarder
Mais un dernier problème me hante
C’est un autre qui est son aimé
Je ne sais plus quoi faire
Sans aucun doute, je suis charmé
Mais je n’ai plus aucun repère
Cette femme est tellement belle
Et son sourire si chaleureux
Charmerait les anges du ciel
Et rendrait le moindre des hommes heureux
Et pourtant mon cœur si ardent
Ne peut contrôler cette tête si froide
Qui, pesant les pour et les contre, prend
L’amour comme un fléau crade
L’amour est une malédiction
Qui rend un cœur si misérable
Mais cette terrible tentation
Me tourmente de façon inlassable
L’amour est le plus beau sentiment qui soit
Un poison que tous désirent ardemment
Mais aucun poison ne nous laisse coi
Car tous amènent souffrances et tourments
Et pourtant il vaut la peine de vivre
Il est la seule chose qui importe
Cet alcool rend tout homme ivre
Et réveille en lui la flamme morte
Lorsque la chance se présente
Il faut la saisir sans tarder
Mais un dernier problème me hante
C’est un autre qui est son aimé
Libellés :
amour à sens unique,
poème romantique
lundi 19 mai 2008
À JESSICA
Alors que je m’y attendais le moins
Mon regard a croisé le sien par hasard
Alors que je m’y attendais le moins
Mon cœur est sorti du brouillard
Ses yeux bruns, romantiques et pétillants
Sa bouche pulpeuse, son sourire chaleureux
Sa beauté profonde crève l’écran
Ainsi que sa grâce et son jeu
Oui, mon cœur bondit pour une comédienne
Si fort que cela brise ma poitrine
Moi pour qui engagement veut dire peine,
Je désire ardemment que l’on me ranime
Je ne la rencontrerai jamais, sans doute
Une actrice est inatteignable pour moi
Moi qui n’ais que des rêves et une route
Infinie à suivre, quel combat
Et pourtant, elle ne cesse de me hanter
Son doux visage tourmente mes nuits fiévreuses
Au désir qu’elle provoque, on ne peut résister
Mon cœur brûle de la rendre heureuse
Il suffit d’aimer et d’être aimé, dit-on
Afin de connaître le bonheur parfait
Dieu de tous les hommes, que l’on dit si bon,
Fait je t’en prie que cela soit vrai
Et que j’ai mon Émilie, ma déesse,
Que je la rencontre et m’en fasse aimer
Alors je pourrai partager ma tendresse
Et mes tourments seront du passé
Mon regard a croisé le sien par hasard
Alors que je m’y attendais le moins
Mon cœur est sorti du brouillard
Ses yeux bruns, romantiques et pétillants
Sa bouche pulpeuse, son sourire chaleureux
Sa beauté profonde crève l’écran
Ainsi que sa grâce et son jeu
Oui, mon cœur bondit pour une comédienne
Si fort que cela brise ma poitrine
Moi pour qui engagement veut dire peine,
Je désire ardemment que l’on me ranime
Je ne la rencontrerai jamais, sans doute
Une actrice est inatteignable pour moi
Moi qui n’ais que des rêves et une route
Infinie à suivre, quel combat
Et pourtant, elle ne cesse de me hanter
Son doux visage tourmente mes nuits fiévreuses
Au désir qu’elle provoque, on ne peut résister
Mon cœur brûle de la rendre heureuse
Il suffit d’aimer et d’être aimé, dit-on
Afin de connaître le bonheur parfait
Dieu de tous les hommes, que l’on dit si bon,
Fait je t’en prie que cela soit vrai
Et que j’ai mon Émilie, ma déesse,
Que je la rencontre et m’en fasse aimer
Alors je pourrai partager ma tendresse
Et mes tourments seront du passé
Libellés :
poème romantique
La déchirure
Chaque jour loin de toi
Me brise un peu plus le cœur
Chaque fois que je croise ton regard
Je sens qu’un peu plus je me meurs
Chaque fois que je te vois
Les battements de mon cœur brisent ma poitrine
Je tenterais de te séduire
Tu ne me remarquerais même pas
Je tenterais de me rendre beau
Tu me trouverais toujours laid
Je t’avouerais mon amour
Tu préférerais mon amitié
Je t’offrirais le soleil et la lune
Tu ne voudrais pas m’aimer
Car ton cœur est donné à un autre
Et cela me brise en deux
Me brise un peu plus le cœur
Chaque fois que je croise ton regard
Je sens qu’un peu plus je me meurs
Chaque fois que je te vois
Les battements de mon cœur brisent ma poitrine
Je tenterais de te séduire
Tu ne me remarquerais même pas
Je tenterais de me rendre beau
Tu me trouverais toujours laid
Je t’avouerais mon amour
Tu préférerais mon amitié
Je t’offrirais le soleil et la lune
Tu ne voudrais pas m’aimer
Car ton cœur est donné à un autre
Et cela me brise en deux
Libellés :
poème romantique,
prose
Amour véritable
Mon seul amour, vous que j’ai tant aimé
Regret est de vous informer
De vous, je n’ai que de bons souvenirs
Abandonner en tristesse pour le front
Ce monde est cruel de nous séparer
Je n’irai plus désormais à vos côtés
Pas à présent, car la mort est mon seul avenir
La mort abattra son aile sur moi, je quitterai ce monde si bon
Le sourire que vous avez en mémoire, à la main l’épée
Aux lèvres votre nom, pour mon pays je périrai
Ce poème contient un second message. Le voyez-vous?
Lisez les deux premiers mots de chaque ver pour le second message...
Regret est de vous informer
De vous, je n’ai que de bons souvenirs
Abandonner en tristesse pour le front
Ce monde est cruel de nous séparer
Je n’irai plus désormais à vos côtés
Pas à présent, car la mort est mon seul avenir
La mort abattra son aile sur moi, je quitterai ce monde si bon
Le sourire que vous avez en mémoire, à la main l’épée
Aux lèvres votre nom, pour mon pays je périrai
Ce poème contient un second message. Le voyez-vous?
Lisez les deux premiers mots de chaque ver pour le second message...
Libellés :
poème romantique
dimanche 18 mai 2008
Virginité
Nu à côté d’Isabelle, Alexandre sentait les battements de son cœur dans ses tempes. Ça faisait si longtemps qu’il attendait ce moment qu’il craignait maintenant ses répercussions. La jeune fille étendue à côté de lui n’était guère mieux: son regard trahissait la nervosité intense qui l’envahissait. Après tout ce temps, elle allait enfin aller jusqu’au bout. Mais, face à l’inconnu, ses inquiétudes se multipliaient. Elle craignait tant d’avoir mal et, surtout, de ne pas être à la hauteur.
La source de cette pression était simple: depuis quatre mois maintenant, Alexandre et Isabelle sortaient ensemble. On avait de part et d’autre repoussé ce moment autant que possible mais, l’excitation et le désir étant aussi grands que la nervosité sinon plus, ils avaient fini par flancher.
Isabelle et Alexandre s’étaient rencontrés par le biais du frère de celle-ci, Jonathan. Depuis trois ans maintenant, tous deux avaient appris à connaître l’autre, et avaient fini par ressentir cette attirance si forte qu’elle ne laissait présager aucun doute. Ils s’aimaient. Malgré leurs deux années de différence, leur timidité maladive réciproque et leur crainte de voir Jonathan les renier, ils n’avaient pu se le cacher bien longtemps et, Jonathan leur ayant donné sa bénédiction après avoir en quelque sorte encouragés les choses, ils avaient finis par former un couple. À présent, quatre mois de parfait bonheur s’étaient écoulés, et le moment fatidique tant attendu et craint était arrivé.
Isabelle était vierge. Elle n’avait jamais eu d’amoureux avant Alexandre, et du haut de ses 17 ans, elle craignait un peu ces sentiments nouveaux qu’elle découvrait et les sensations inconnues qu’elle avait commencé à ressentir. Alexandre, de son côté, n’avait eu qu’une histoire d’amour qui avait été plutôt brève, à l’âge de 16 ans, et qui l’avait laissé profondément blessé. Effrayé désormais à la seule perspective de retomber amoureux, il lui avait fallu tout son courage pour se risquer à nouveau sur ce terrain miné, et à présent, sans regretter d’aucune façon d’avoir suivi son cœur, craignait la suite des choses. Isabelle n’était pas Audrey, certes, mais…sait-on vraiment ce que l’avenir nous réserve?
Ces quatre derniers mois avaient pourtant été un vrai conte de fée. Surmontant leur timidité réciproque, tous deux s’étaient découverts dans cette vie de couple, et bien qu’il ne se voyaient pas aussi souvent qu’ils le désiraient, horaires différents obligent, ils avaient développés entre eux une véritable intimité. La première fois qu’ils avaient osés explorer le corps de l’autre, ils avaient rapidement découvert que là aussi, en plus de tout le reste, résidait une harmonie entre eux. Néanmoins, Alexandre, qui avait quelques relations sexuelles à son actif, n’était en aucun temps pressé d’aller de l’avant, au grand soulagement d’Isabelle, qui elle ne se sentait pas vraiment prête à tout de suite passé à cet acte. Or, en quatre mois, toutes formes de préliminaires ayant été passablement explorées, elle se sentait davantage prête à l’expérience ultime, malgré une crainte tout à fait légitime d’avoir mal. Une autre crainte, celle-là un peu moins légitime, la tenaillait toutefois bien davantage: celle de ne pas pouvoir donner le change à son copain. Alexandre avait connu deux filles différentes, ce qui lui avait permis de découvrir ce qu’il aimait ou non. Elle craignait fort que son inexpérience à elle vienne nuire à cette relation jusque-là parfaite entre eux. Si elle était nulle au lit, Alexandre l’aimerait-il encore autant? Est-ce qu’il ne serait pas tenté d’aller voir ailleurs, chez une jeune fille qui, elle, correspondrait à ce qu’il aimait?
Alexandre, de son côté, souffrait d’une pression épouvantable: avec Audrey, puis avec Cindy, il avait toujours eu des rapports sexuels avec des jeunes filles avec une certaine expérience au lit, ce qu’il avait tout de même apprécié, se trouvant de son côté plutôt gauche dans des situations de ce genre. Mais maintenant, avec Isabelle, il se retrouvait dans un certain problème: comme elle était vierge, ce serait à lui de faire en sorte qu’elle souffre le moins possible lors de sa première fois. Or, en était-il capable? Il servirait à jamais de baromètre désormais pour Isabelle, s’il n’était pas à la hauteur? Si, après lui avoir fait mal, elle en gardait rancune et rompait après un certain temps? Cette possibilité lui serrait le cœur: il ne s’imaginait plus vivre sans elle. Il ne voulait pas la perdre pour la simple raison qu’il était un piètre amant. Ce serait trop cruel.
Mais il devait bien venir, ce fameux moment charnière cimentant toute relation de couple. Après s’en être tenu longtemps aux préliminaires, tous deux à présent éprouvaient, malgré leurs craintes réciproques, un désir irrésistible d’aller plus loin, jusqu’au bout. Laisser l’autre le posséder, entièrement, et connaître les joies de la volupté en lui prouvant sa confiance et son amour en s’offrant à lui. Tel était le moment où ils étaient rendus à présent, et, bien que morts de trouille, ils avaient une furieuse envie de continuer.
Alexandre se redressa et admira le corps de sa copine, maintenant entièrement nue. De longues jambes, des hanches fines de garçon, des petits seins fermes, une gorge blanche comme neige, une bouche effilée, un nez droit et surtout, ses magnifiques yeux, puits sans fond, de grands yeux bruns expressifs, où tous ses sentiments passaient comme à travers un carreau. Ce désir qu’il voyait dans ses yeux si tendres, ce désir ardent mêlé d’inquiétude, le fouetta durement. Elle lui sourit timidement, le rouge lui montant aux joues, rehaussant du coup la lumière de ses yeux. Il se pencha et l’embrassa sur le front, puis déposa ses lèvres sur les siennes. Il l’aimait tant pour ce regard. Elle avait cette façon de le regarder…comme si elle le jugeait comme un homme, un vrai, pas cette pâle copie dont tant de gens aimaient se moquer. Peu importait son apparence frêle, ses grands yeux aux longs cils de femme, ses cheveux en bataille et le léger surpoids que trahissait son ventre: avec Isabelle, toutes les contraintes physiques disparaissaient, et seul subsistait la pureté de leurs âmes. C’était pourquoi leur amour était si fort. Et c’était pourquoi il ne supporterait plus de la perdre.
Isabelle répondit à son baiser, encadrant son visage de ses mains blanches. Elle l’aimait tant. Il avait une telle facilité de la mettre à l’aise, il respirait d’une telle confiance. Elle avait besoin d’une personne comme lui dans sa vie, elle qui ne savait jamais ce qu’elle devait faire, ce qu’elle devait répondre ou ce qu’elle deviendrait. Sa vie n’était qu’insécurité, et la présence d’Alexandre dans sa vie avait cette chaleur, ce pragmatisme qu’elle recherchait. Il savait où il s’en allait, les autres ne l’importaient guère, il vivait pour lui-même, en suivant sa voie, tout en gardant une grande place pour les autres dans son cœur. Cette autonomie, cette confiance l’intimidaient encore aujourd’hui, et pourtant, sans elles, elle savait très bien que jamais elle n’aurait pu partager la vie d’Alexandre. Elle sentait alors toute la chance qu’elle avait qu’il l’ait choisi, elle, et cette chance lui réchauffait le cœur plus que n’importe quoi d’autre. Elle était choyée, et voulait profiter au maximum de son bonheur.
Leurs baisers se faisaient plus langoureux, ardents. Le désir, et surtout la joie d’être ensemble, repoussaient leurs peurs réciproques, leurs inquiétudes profondes et l’anxiété face à ce qui devait arriver. La peur ne résisterait pas à une telle effusion d’amour, au bonheur qu’ils éprouvaient de s’être trouvés, âmes sœurs, et de pouvoir vivre chaque jour en soupirant avec impatience pour le lendemain, plutôt qu’avec crainte. Tous leurs sentiments profonds pour l’autre se révélaient par ces baisers, et tandis que leurs bras se refermaient sur l’autre avec énergie, le pressant sur son sein, ils sentaient en eux s’installer une paix jamais rencontrée, une paix qui, définitivement, mettait toutes leurs peurs au pas. Des larmes apparurent dans leurs yeux et se mirent à couler, se mêlant entre elles, comme pour illustrer leur désir de ne faire qu’un, et leurs pleurs de joie, plus sincères que n’importe quelle parole, suffirent à leur faire comprendre qu’ils étaient prêts à franchir ce pas ensemble.
Alexandre se dégagea alors de l’étreinte passionnée d’Isabelle, comme à regret, et, glissant doucement ses doigts dans les cheveux noirs de la jeune fille avec un sourire illustrant tout l’amour qu’il éprouvait pour elle, il reprit son souffle. Tranquillement, il glissa le long de son sexe le condom déjà tout prêt sur la commode puis, tentant de rester calme, il se coucha aux côtés d’Isabelle et l’entoura de ses bras. Il lui embrassa la joue, puis porta sa bouche à son cou, si long, si blanc, si désirable, le parsemant de baisers. Isabelle laissa échapper un petit rire gêné de contentement. Elle était si bien, là, dans les bras de son beau chevalier. Elle aurait tant voulu que cet instant de bonheur dure toujours, à jamais. Sa résistance avait flanchée, elle était déterminée à connaître la volupté et, face à l’attitude d’Alexandre, toutes ses peurs s’envolaient. Elle le voulait. Si fort.
Alexandre se glissa sur elle, la serrant toujours dans ses bras. Il l’aimait tant. Rien ne pourrait l’arrêter maintenant…si ce n’était d’elle. Mais dans son regard brillant et son sourire si tendre, il savait que le consentement était tacite. Elle glissa ses doigts dans ses cheveux bruns en bataille, et posa ses lèvres si douces sur les siennes. Oui, elle était prête, elle le voulait, elle l’attendait.
Alexandre prit une grande respiration, le cœur serré par l’appréhension. Il était temps. Il ne pouvait plus reculer. Il ne le voulait pas. Au contraire, son désir éclatait maintenant, comme une flamme brûlante consumant tout sur son passage. Il caressa à nouveau son visage, ramenant une mèche de ses cheveux derrière son oreille. Elle était si belle…il ne pouvait résister. Doucement, tendrement, il glissa un peu plus bas, à sa hauteur. Il était bien installé, son pénis contre son vagin. Il ne restait plus qu’à la pénétrer. Il releva la tête, posant une main sur son sein droit, le pressant dans sa main. Elle semblait nerveuse, respirant bruyamment. Son corps était tendu. Et pourtant, elle restait là, patiente, attendant qu’il ose enfin faire ce dont ils rêvaient tous deux depuis si longtemps. Le doute passa un instant, mais il fut vite chassé, sa détermination prenant le dessus. À quoi bon avoir peur maintenant? Pourquoi gâcher un moment aussi important avec un sentiment aussi négatif? Son courage se raffermit alors, et le désir reprit le dessus.
Il la pénétra. Doucement, avec beaucoup de soin et de tendresse, une main sur son sein et l’autre sur son épaule. Elle poussa un léger soupir, sur sa figure un rictus de douleur apparut. Elle se cramponna un peu plus à lui, se raidit. Cela faisait mal, évidemment. Ils le savaient tous deux, et l’avaient redoutés. Ça y était. C’était fait.
Alexandre commença à bouger. Lentement, avec beaucoup de douceur. Cette chaleur qu’il ressentait lui donnait une fougue, mais il la retenait, sachant que c’était sur lui que reposait la perception de l’expérience par Isabelle. Son bassin allait et venait avec beaucoup d’attention, et son regard était fixé sur celui de sa bien-aimée. Celle-ci, de ses deux mains, se retenait au dos d’Alexandre, ses cuisses contre ses hanches. Elle bougeait légèrement elle aussi, mais ses dents étaient serrées, son regard souffrant. Non, elle n’aimait pas ça. Et lui non plus. Il ne voulait pas la faire souffrir, non. Il le craignait tant. Il souhaitait tant lui apporter de la joie, des sensations agréables, pas une douleur comme ça. Il s’arrêta, incapable de supporter ce regard. Celle-ci s’immobilisa à son tour, plongeant ses yeux dans les siens. Dans le coin de ceux-ci, des larmes pointaient, mais cette fois, elles n’étaient pas de joie.
-On peut arrêter si tu veux, dit-il simplement. C’est pas grave.
Isabelle l’observait. Elle ne voyait briller dans ses yeux que la culpabilité et son amour pour elle. Il ne supportait pas de lui faire mal. Cette certitude la calma profondément. Elle craignait l’avoir déçue, mais non, il n’y avait dans ce regard nulle déception: seulement un amour fou et le désir de ne pas lui causer le moindre mal. C’était si apaisant qu’elle oublia aussitôt la douleur qu’elle ressentait dans son entrejambe, et qu’un mince sourire étira ses lèvres. Alexandre regardait cette réaction, des plus énigmatiques pour lui. Comment, malgré la souffrance qu’il lui causait, cette jeune fille pouvait-il lui faire un tel sourire, si touchant, si poignant d’amour? Dieu qu’elle était fascinante…
-Non, dit doucement Isabelle. Je veux continuer.
Alexandre sentit un sanglot lui serrer la gorge. Les femmes étaient des créatures si dénuées de malice…même si elle avait mal, Isabelle tenait à poursuivre la relation sexuelle, elle voulait lui prouver son amour. Elle l’aimait tant. Et lui aussi. Retenant ses pleurs, Alexandre se pencha alors sur celle qui faisait battre son cœur et l’embrassa amoureusement, ses deux mains lui caressant le visage. Relevant la tête, il plongea ses yeux gris dans les siens et souffla tendrement:
-Je t’aime, Isabelle. Plus que tout au monde.
-Moi aussi, répondit l’adolescente.
Il la serra dans ses bras avec force, plongeant son visage dans son cou et sa cascade de cheveux d’ébène. Elle le pressa contre elle, et lui embrassa l’oreille. Ils restèrent longtemps ainsi, toujours emboîtés l’un dans l’autre, ne faisant que se serrer dans leurs bras. Puis, il recommença tranquillement à aller et venir en elle à petits coups rythmés, toujours aussi lentement. La douleur commençant à s’estomper, Isabelle se cambra, voulant le sentir profondément en elle. Petit à petit, la souffrance s’estompait, et un certain plaisir, tant physique qu’affectif, se manifestait en elle. Elle commença à l’embrasser dans le cou, écartant ses cuisses tout en remontant vers le haut de son bassin. Alexandre répondit à son ardeur en augmentant le rythme, doucement, sa culpabilité disparaissant. Leurs mouvements devinrent plus vifs, plus impatients, sans pour autant devenir brutaux. Joignant leurs bouches ensemble, ils mêlèrent leurs langues et se serrèrent encore plus fort, si heureux d’enfin ressentir dans cet acte si important un certain plaisir physique. Ils ne partageaient plus que leurs corps, ils partageaient leurs âmes, comme lorsqu’ils ne couchaient pas ensemble, et ce partage, si pur, si bon, si doux, les envahit de sa bienveillante chaleur, leur faisant enfin atteindre ce que les anciens appellent depuis si longtemps le nirvana.
Ils restèrent longtemps ainsi, unis tant par leurs sexes que par leurs bouches, leurs cœurs et leurs esprits. Enfin, Isabelle poussa ses premiers soupirs de plaisir, de plus en plus forts, de plus en plus près, et Alexandre, sentant enfin qu’il lui donnait le plaisir tant recherché, la pressa de plus en plus fort contre lui, commençant à son tour à pousser de petits gémissements. Quand, enfin, la verge rejoignant son clitoris, Isabelle se raidit et lança un cri ultime, plus fort que les autres, Alexandre, comblé, rejoignit sa voix, relâchant d’un coup sa semence en pressant sa bouche contre le cou de sa chérie. Leurs deux corps se relâchèrent alors, mollement, et, toujours dans les bras l’un de l’autre, les deux amoureux reprirent lentement leur souffle, joue contre joue, cœur contre cœur. Puis, Alexandre releva doucement sa tête, plongeant son regard dans les yeux sans fin d’Isabelle. Ceux-ci brillaient d’amour et de contentement, et un sourire béat laissait briller ses dents de perle. Ils s’embrassèrent alors doucement, non pas d’un baiser passionné comme lors de leurs étreintes, mais plutôt d’un baiser apaisant, pur et doux. Un baiser sans flamme, sans ardeur, et qui pourtant révélait tellement davantage leur amour.
Alexandre se retira lentement, regrettant de quitter la chaleur si douce d’Isabelle, et retira le condom plein avant de le jeter. Puis, il se retourna, se glissant doucement aux côtés de sa douce. Celle-ci se glissa alors dans ses bras, posant ses lèvres sur les siennes. Elle était si heureuse. Et lui aussi. Et ainsi, tendrement enlacés l’un contre l’autre, nus, leurs corps encore chaud de l’amour qu’il s’était donné, joignant leurs bouches, ils éprouvèrent vraiment la paix. La peur n’était rien…devant une telle harmonie, elle s’effaçait, sans chercher à combattre. Elle n’était pas de taille: la paix dans l’amour est invincible.
La source de cette pression était simple: depuis quatre mois maintenant, Alexandre et Isabelle sortaient ensemble. On avait de part et d’autre repoussé ce moment autant que possible mais, l’excitation et le désir étant aussi grands que la nervosité sinon plus, ils avaient fini par flancher.
Isabelle et Alexandre s’étaient rencontrés par le biais du frère de celle-ci, Jonathan. Depuis trois ans maintenant, tous deux avaient appris à connaître l’autre, et avaient fini par ressentir cette attirance si forte qu’elle ne laissait présager aucun doute. Ils s’aimaient. Malgré leurs deux années de différence, leur timidité maladive réciproque et leur crainte de voir Jonathan les renier, ils n’avaient pu se le cacher bien longtemps et, Jonathan leur ayant donné sa bénédiction après avoir en quelque sorte encouragés les choses, ils avaient finis par former un couple. À présent, quatre mois de parfait bonheur s’étaient écoulés, et le moment fatidique tant attendu et craint était arrivé.
Isabelle était vierge. Elle n’avait jamais eu d’amoureux avant Alexandre, et du haut de ses 17 ans, elle craignait un peu ces sentiments nouveaux qu’elle découvrait et les sensations inconnues qu’elle avait commencé à ressentir. Alexandre, de son côté, n’avait eu qu’une histoire d’amour qui avait été plutôt brève, à l’âge de 16 ans, et qui l’avait laissé profondément blessé. Effrayé désormais à la seule perspective de retomber amoureux, il lui avait fallu tout son courage pour se risquer à nouveau sur ce terrain miné, et à présent, sans regretter d’aucune façon d’avoir suivi son cœur, craignait la suite des choses. Isabelle n’était pas Audrey, certes, mais…sait-on vraiment ce que l’avenir nous réserve?
Ces quatre derniers mois avaient pourtant été un vrai conte de fée. Surmontant leur timidité réciproque, tous deux s’étaient découverts dans cette vie de couple, et bien qu’il ne se voyaient pas aussi souvent qu’ils le désiraient, horaires différents obligent, ils avaient développés entre eux une véritable intimité. La première fois qu’ils avaient osés explorer le corps de l’autre, ils avaient rapidement découvert que là aussi, en plus de tout le reste, résidait une harmonie entre eux. Néanmoins, Alexandre, qui avait quelques relations sexuelles à son actif, n’était en aucun temps pressé d’aller de l’avant, au grand soulagement d’Isabelle, qui elle ne se sentait pas vraiment prête à tout de suite passé à cet acte. Or, en quatre mois, toutes formes de préliminaires ayant été passablement explorées, elle se sentait davantage prête à l’expérience ultime, malgré une crainte tout à fait légitime d’avoir mal. Une autre crainte, celle-là un peu moins légitime, la tenaillait toutefois bien davantage: celle de ne pas pouvoir donner le change à son copain. Alexandre avait connu deux filles différentes, ce qui lui avait permis de découvrir ce qu’il aimait ou non. Elle craignait fort que son inexpérience à elle vienne nuire à cette relation jusque-là parfaite entre eux. Si elle était nulle au lit, Alexandre l’aimerait-il encore autant? Est-ce qu’il ne serait pas tenté d’aller voir ailleurs, chez une jeune fille qui, elle, correspondrait à ce qu’il aimait?
Alexandre, de son côté, souffrait d’une pression épouvantable: avec Audrey, puis avec Cindy, il avait toujours eu des rapports sexuels avec des jeunes filles avec une certaine expérience au lit, ce qu’il avait tout de même apprécié, se trouvant de son côté plutôt gauche dans des situations de ce genre. Mais maintenant, avec Isabelle, il se retrouvait dans un certain problème: comme elle était vierge, ce serait à lui de faire en sorte qu’elle souffre le moins possible lors de sa première fois. Or, en était-il capable? Il servirait à jamais de baromètre désormais pour Isabelle, s’il n’était pas à la hauteur? Si, après lui avoir fait mal, elle en gardait rancune et rompait après un certain temps? Cette possibilité lui serrait le cœur: il ne s’imaginait plus vivre sans elle. Il ne voulait pas la perdre pour la simple raison qu’il était un piètre amant. Ce serait trop cruel.
Mais il devait bien venir, ce fameux moment charnière cimentant toute relation de couple. Après s’en être tenu longtemps aux préliminaires, tous deux à présent éprouvaient, malgré leurs craintes réciproques, un désir irrésistible d’aller plus loin, jusqu’au bout. Laisser l’autre le posséder, entièrement, et connaître les joies de la volupté en lui prouvant sa confiance et son amour en s’offrant à lui. Tel était le moment où ils étaient rendus à présent, et, bien que morts de trouille, ils avaient une furieuse envie de continuer.
Alexandre se redressa et admira le corps de sa copine, maintenant entièrement nue. De longues jambes, des hanches fines de garçon, des petits seins fermes, une gorge blanche comme neige, une bouche effilée, un nez droit et surtout, ses magnifiques yeux, puits sans fond, de grands yeux bruns expressifs, où tous ses sentiments passaient comme à travers un carreau. Ce désir qu’il voyait dans ses yeux si tendres, ce désir ardent mêlé d’inquiétude, le fouetta durement. Elle lui sourit timidement, le rouge lui montant aux joues, rehaussant du coup la lumière de ses yeux. Il se pencha et l’embrassa sur le front, puis déposa ses lèvres sur les siennes. Il l’aimait tant pour ce regard. Elle avait cette façon de le regarder…comme si elle le jugeait comme un homme, un vrai, pas cette pâle copie dont tant de gens aimaient se moquer. Peu importait son apparence frêle, ses grands yeux aux longs cils de femme, ses cheveux en bataille et le léger surpoids que trahissait son ventre: avec Isabelle, toutes les contraintes physiques disparaissaient, et seul subsistait la pureté de leurs âmes. C’était pourquoi leur amour était si fort. Et c’était pourquoi il ne supporterait plus de la perdre.
Isabelle répondit à son baiser, encadrant son visage de ses mains blanches. Elle l’aimait tant. Il avait une telle facilité de la mettre à l’aise, il respirait d’une telle confiance. Elle avait besoin d’une personne comme lui dans sa vie, elle qui ne savait jamais ce qu’elle devait faire, ce qu’elle devait répondre ou ce qu’elle deviendrait. Sa vie n’était qu’insécurité, et la présence d’Alexandre dans sa vie avait cette chaleur, ce pragmatisme qu’elle recherchait. Il savait où il s’en allait, les autres ne l’importaient guère, il vivait pour lui-même, en suivant sa voie, tout en gardant une grande place pour les autres dans son cœur. Cette autonomie, cette confiance l’intimidaient encore aujourd’hui, et pourtant, sans elles, elle savait très bien que jamais elle n’aurait pu partager la vie d’Alexandre. Elle sentait alors toute la chance qu’elle avait qu’il l’ait choisi, elle, et cette chance lui réchauffait le cœur plus que n’importe quoi d’autre. Elle était choyée, et voulait profiter au maximum de son bonheur.
Leurs baisers se faisaient plus langoureux, ardents. Le désir, et surtout la joie d’être ensemble, repoussaient leurs peurs réciproques, leurs inquiétudes profondes et l’anxiété face à ce qui devait arriver. La peur ne résisterait pas à une telle effusion d’amour, au bonheur qu’ils éprouvaient de s’être trouvés, âmes sœurs, et de pouvoir vivre chaque jour en soupirant avec impatience pour le lendemain, plutôt qu’avec crainte. Tous leurs sentiments profonds pour l’autre se révélaient par ces baisers, et tandis que leurs bras se refermaient sur l’autre avec énergie, le pressant sur son sein, ils sentaient en eux s’installer une paix jamais rencontrée, une paix qui, définitivement, mettait toutes leurs peurs au pas. Des larmes apparurent dans leurs yeux et se mirent à couler, se mêlant entre elles, comme pour illustrer leur désir de ne faire qu’un, et leurs pleurs de joie, plus sincères que n’importe quelle parole, suffirent à leur faire comprendre qu’ils étaient prêts à franchir ce pas ensemble.
Alexandre se dégagea alors de l’étreinte passionnée d’Isabelle, comme à regret, et, glissant doucement ses doigts dans les cheveux noirs de la jeune fille avec un sourire illustrant tout l’amour qu’il éprouvait pour elle, il reprit son souffle. Tranquillement, il glissa le long de son sexe le condom déjà tout prêt sur la commode puis, tentant de rester calme, il se coucha aux côtés d’Isabelle et l’entoura de ses bras. Il lui embrassa la joue, puis porta sa bouche à son cou, si long, si blanc, si désirable, le parsemant de baisers. Isabelle laissa échapper un petit rire gêné de contentement. Elle était si bien, là, dans les bras de son beau chevalier. Elle aurait tant voulu que cet instant de bonheur dure toujours, à jamais. Sa résistance avait flanchée, elle était déterminée à connaître la volupté et, face à l’attitude d’Alexandre, toutes ses peurs s’envolaient. Elle le voulait. Si fort.
Alexandre se glissa sur elle, la serrant toujours dans ses bras. Il l’aimait tant. Rien ne pourrait l’arrêter maintenant…si ce n’était d’elle. Mais dans son regard brillant et son sourire si tendre, il savait que le consentement était tacite. Elle glissa ses doigts dans ses cheveux bruns en bataille, et posa ses lèvres si douces sur les siennes. Oui, elle était prête, elle le voulait, elle l’attendait.
Alexandre prit une grande respiration, le cœur serré par l’appréhension. Il était temps. Il ne pouvait plus reculer. Il ne le voulait pas. Au contraire, son désir éclatait maintenant, comme une flamme brûlante consumant tout sur son passage. Il caressa à nouveau son visage, ramenant une mèche de ses cheveux derrière son oreille. Elle était si belle…il ne pouvait résister. Doucement, tendrement, il glissa un peu plus bas, à sa hauteur. Il était bien installé, son pénis contre son vagin. Il ne restait plus qu’à la pénétrer. Il releva la tête, posant une main sur son sein droit, le pressant dans sa main. Elle semblait nerveuse, respirant bruyamment. Son corps était tendu. Et pourtant, elle restait là, patiente, attendant qu’il ose enfin faire ce dont ils rêvaient tous deux depuis si longtemps. Le doute passa un instant, mais il fut vite chassé, sa détermination prenant le dessus. À quoi bon avoir peur maintenant? Pourquoi gâcher un moment aussi important avec un sentiment aussi négatif? Son courage se raffermit alors, et le désir reprit le dessus.
Il la pénétra. Doucement, avec beaucoup de soin et de tendresse, une main sur son sein et l’autre sur son épaule. Elle poussa un léger soupir, sur sa figure un rictus de douleur apparut. Elle se cramponna un peu plus à lui, se raidit. Cela faisait mal, évidemment. Ils le savaient tous deux, et l’avaient redoutés. Ça y était. C’était fait.
Alexandre commença à bouger. Lentement, avec beaucoup de douceur. Cette chaleur qu’il ressentait lui donnait une fougue, mais il la retenait, sachant que c’était sur lui que reposait la perception de l’expérience par Isabelle. Son bassin allait et venait avec beaucoup d’attention, et son regard était fixé sur celui de sa bien-aimée. Celle-ci, de ses deux mains, se retenait au dos d’Alexandre, ses cuisses contre ses hanches. Elle bougeait légèrement elle aussi, mais ses dents étaient serrées, son regard souffrant. Non, elle n’aimait pas ça. Et lui non plus. Il ne voulait pas la faire souffrir, non. Il le craignait tant. Il souhaitait tant lui apporter de la joie, des sensations agréables, pas une douleur comme ça. Il s’arrêta, incapable de supporter ce regard. Celle-ci s’immobilisa à son tour, plongeant ses yeux dans les siens. Dans le coin de ceux-ci, des larmes pointaient, mais cette fois, elles n’étaient pas de joie.
-On peut arrêter si tu veux, dit-il simplement. C’est pas grave.
Isabelle l’observait. Elle ne voyait briller dans ses yeux que la culpabilité et son amour pour elle. Il ne supportait pas de lui faire mal. Cette certitude la calma profondément. Elle craignait l’avoir déçue, mais non, il n’y avait dans ce regard nulle déception: seulement un amour fou et le désir de ne pas lui causer le moindre mal. C’était si apaisant qu’elle oublia aussitôt la douleur qu’elle ressentait dans son entrejambe, et qu’un mince sourire étira ses lèvres. Alexandre regardait cette réaction, des plus énigmatiques pour lui. Comment, malgré la souffrance qu’il lui causait, cette jeune fille pouvait-il lui faire un tel sourire, si touchant, si poignant d’amour? Dieu qu’elle était fascinante…
-Non, dit doucement Isabelle. Je veux continuer.
Alexandre sentit un sanglot lui serrer la gorge. Les femmes étaient des créatures si dénuées de malice…même si elle avait mal, Isabelle tenait à poursuivre la relation sexuelle, elle voulait lui prouver son amour. Elle l’aimait tant. Et lui aussi. Retenant ses pleurs, Alexandre se pencha alors sur celle qui faisait battre son cœur et l’embrassa amoureusement, ses deux mains lui caressant le visage. Relevant la tête, il plongea ses yeux gris dans les siens et souffla tendrement:
-Je t’aime, Isabelle. Plus que tout au monde.
-Moi aussi, répondit l’adolescente.
Il la serra dans ses bras avec force, plongeant son visage dans son cou et sa cascade de cheveux d’ébène. Elle le pressa contre elle, et lui embrassa l’oreille. Ils restèrent longtemps ainsi, toujours emboîtés l’un dans l’autre, ne faisant que se serrer dans leurs bras. Puis, il recommença tranquillement à aller et venir en elle à petits coups rythmés, toujours aussi lentement. La douleur commençant à s’estomper, Isabelle se cambra, voulant le sentir profondément en elle. Petit à petit, la souffrance s’estompait, et un certain plaisir, tant physique qu’affectif, se manifestait en elle. Elle commença à l’embrasser dans le cou, écartant ses cuisses tout en remontant vers le haut de son bassin. Alexandre répondit à son ardeur en augmentant le rythme, doucement, sa culpabilité disparaissant. Leurs mouvements devinrent plus vifs, plus impatients, sans pour autant devenir brutaux. Joignant leurs bouches ensemble, ils mêlèrent leurs langues et se serrèrent encore plus fort, si heureux d’enfin ressentir dans cet acte si important un certain plaisir physique. Ils ne partageaient plus que leurs corps, ils partageaient leurs âmes, comme lorsqu’ils ne couchaient pas ensemble, et ce partage, si pur, si bon, si doux, les envahit de sa bienveillante chaleur, leur faisant enfin atteindre ce que les anciens appellent depuis si longtemps le nirvana.
Ils restèrent longtemps ainsi, unis tant par leurs sexes que par leurs bouches, leurs cœurs et leurs esprits. Enfin, Isabelle poussa ses premiers soupirs de plaisir, de plus en plus forts, de plus en plus près, et Alexandre, sentant enfin qu’il lui donnait le plaisir tant recherché, la pressa de plus en plus fort contre lui, commençant à son tour à pousser de petits gémissements. Quand, enfin, la verge rejoignant son clitoris, Isabelle se raidit et lança un cri ultime, plus fort que les autres, Alexandre, comblé, rejoignit sa voix, relâchant d’un coup sa semence en pressant sa bouche contre le cou de sa chérie. Leurs deux corps se relâchèrent alors, mollement, et, toujours dans les bras l’un de l’autre, les deux amoureux reprirent lentement leur souffle, joue contre joue, cœur contre cœur. Puis, Alexandre releva doucement sa tête, plongeant son regard dans les yeux sans fin d’Isabelle. Ceux-ci brillaient d’amour et de contentement, et un sourire béat laissait briller ses dents de perle. Ils s’embrassèrent alors doucement, non pas d’un baiser passionné comme lors de leurs étreintes, mais plutôt d’un baiser apaisant, pur et doux. Un baiser sans flamme, sans ardeur, et qui pourtant révélait tellement davantage leur amour.
Alexandre se retira lentement, regrettant de quitter la chaleur si douce d’Isabelle, et retira le condom plein avant de le jeter. Puis, il se retourna, se glissant doucement aux côtés de sa douce. Celle-ci se glissa alors dans ses bras, posant ses lèvres sur les siennes. Elle était si heureuse. Et lui aussi. Et ainsi, tendrement enlacés l’un contre l’autre, nus, leurs corps encore chaud de l’amour qu’il s’était donné, joignant leurs bouches, ils éprouvèrent vraiment la paix. La peur n’était rien…devant une telle harmonie, elle s’effaçait, sans chercher à combattre. Elle n’était pas de taille: la paix dans l’amour est invincible.
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samedi 1 mars 2008
L'ARMOIRE BLANCHE
Le ciel était d’un noir d’encre tandis que Kasparov rentrait chez lui, dans les rues sales de Moscou. La population était alors en pleine révolte, et l’armée abattait quiconque semblait un tant soit peu révolutionnaire. Ayant déjà frayé à l’université avec un cercle marxiste, il savait que dès qu’un soldat le trouverait, il ne lui ferait pas de quartier. Il importait donc de s’enfermer chez lui et d’y rester caché le temps que l’orage passe.
D’un pas rapide, Kasparov traversait donc les masses de neige grise s’étant accumulés dans les rues, parfois ponctués de quelques taches rouges, seul témoignage qu’un humain avait perdu la vie à cet endroit. Un frisson parcourut l’échine du jeune homme. À dix-neuf ans, il en avait déjà vu plus que bon nombre de ses compatriotes: son père, ouvrier, était tombé devant lui en 1905, alors qu’il n’avait que six ans, le front percé de la balle d’un soldat. C’en était suivi un carnage, et c’est dans ce bain de sang que lui, le jeune enfant, avait été récupéré par une gentille dame qui avait pris soin de lui jusqu’à ce que son oncle, médecin, vienne à Saint-Pétersbourg le chercher, pour l’emmener vivre avec lui à Moscou. Mais même dans cette ville, les manifestations tournaient toujours au chaos, les gangs criminels faisaient la loi, et l’on pendait impunément quiconque disait du mal du tsar. Kasparov en avait donc vu de toutes les couleurs, et il lui tardait de retrouver la paix.
Des coups de feu le tirèrent de ses pensées. Il se retourna vivement: au loin, dans la fumée d’un incendie, des soldats à cheval tiraient à bout portant sur un groupe, qui se défendait corps et âme avec des pierres en tentant de fuir, coupable de quelque crime si courant en ces temps d’instabilité et de révolution. Kasparov prit peur. Les soldats se rapprochaient dangereusement de lui. S’il le voyait, c’en était fini. Il tenta alors désespérément de fuir, courant à travers la rue de toute la force de ses maigres jambes, cherchant une porte de salut. Un cri retentit derrière lui, et une balle siffla à son oreille: ça y est, il était repéré. Redoublant d’ardeur, il aperçut une petite ruelle et s’y introduit alors, espérant y trouver une cachette. C’est alors qu’une voix claire chuchota à son oreille, dans un russe à consonance étrangère: « Par ici ».
Kasparov se retourna. Il aperçut alors une silhouette filiforme dans l’ombre de la porte d’une petite auberge miteuse, lui faisant signe d’entrer. En toute autre circonstance, le jeune étudiant se serait posé des questions par rapport à cette personne qui, sans le connaître, lui offrait un échappatoire. Mais il n’avait guère le temps d’évaluer la situation sous tous ses angles, et sans plus attendre, il pénétra dans l’auberge, dont la porte se referma sur-le-champ.
Tout essoufflé, Kasparov se réfugia aussitôt dans la première pièce qu’il vit, et qui se révéla être la cuisine de l’auberge, tout aussi délabrée qu’elle le semblait à l’extérieur. Se jetant au sol, dans l’ombre du comptoir, il tenta de reprendre son souffle, cherchant encore à s’éclaircir l’esprit sur cette mystérieuse femme – car c’était bien une femme, il en était convaincu – qui l’avait sorti de ce fâcheux pétrin. Qui était-elle, et pourquoi le sauvait-il, alors qu’elle semblait étrangère? Tous les étrangers n’étaient-ils pas favorables au tsar? Et pourquoi s’exposer aux risques d’un jeune homme traqué, si c’était bien une femme? Ne le craignait-elle pas?
Une main froide se posa sur son dos, tirant l’étudiant de ses réflexions. Il se retourna et croisa alors le regard de sa sauveuse: deux grands yeux bleus, aux cils longs et épais, et dont les cheveux roux, légèrement frisés, encadrait un visage d’albâtre, aux traits fins et délicats. Elle était vêtue somptueusement, d’une grande robe de taffetas verte pâle, recouverte d’une mante de fourrure pour se protéger du froid de février auquel se pliait tant bien que mal les Moscovites. Son regard était si doux, si profond, si hypnotisant, que Kasparov fut aussitôt charmé, et perdant tous ses repères, saisit sa main gantée de noir et la baisa avec fougue et passion, tant par reconnaissance que par désir de se soustraire à ce si magnifique regard, qui semblait lire jusqu’au fond de son âme tourmentée.
« Relèves-toi, dit la femme aux yeux d’azur, d’une voix suave mais au fort accent anglais. Tu es à l’abri ici, ils ne viendront pas.
-Je ne saurais vous remercier assez de m’avoir sauvé la vie, gente dame, répondit Kasparov en anglais, langue qu’il étudiait depuis maintenant deux ans à l’université et dans laquelle il était plutôt à l’aise. Ma vie vous appartient désormais.
-J’en prendrai note, répondit l’Anglaise dans sa propre langue avec un indéchiffrable sourire. Cette cuisine ne me semble pas toutefois le lieu le plus convenable pour se cacher. Venez plutôt à ma chambre, nous y serons plus à l’aise pour discuter. Et soyez sans crainte, les cachettes n’y manqueront pas. »
Kasparov ne sus que répondre. Il était subjugué par tant de délicatesse et de beauté. La grâce de cette dame la trahissait: elle était sûrement une de ces aristocrates éprises de voyages, coincée à Moscou par les troubles alors qu’elle devait être au bal du tsar et s’y faire remarquer par les différents princes et officiers prêts à tout pour un seul regard de sa part. Sans plus de résistance, il laissa sa protectrice lui prendre la main et le guider vers l’escalier, qu’elle montait sans difficulté malgré sa longue robe. Puis, dès qu’ils arrivèrent au sommet des marches, elle le guida à la deuxième porte à droite et le fit pénétré dans sa chambre, une somptueuse suite qui, malgré son dépouillement original, était à présent décoré de milles et unes merveilles venues d’Angleterre, gravures fines, peintures exquises, meubles d’acajou sertis de lignes d’or: il remarqua également au fond de la chambre une grande armoire blanche, aux portes closes, qui le dominaient de sa hauteur. S’asseyant sur une chaise confortable, Kasparov admira la noble épanouie devant lui retirer sa mante, révélant ses pâles bras délicats, où seules quelques taches de rousseur éparses ponctuaient l’immaculée blancheur de neige de sa peau. Elle s’assit sur son lit comme si ce fut un trône, avec une grâce de reine, rejetant légèrement sa longue chevelure rousse à l’arrière d’un geste sensuel, et resta droite et fière, scrutant le jeune homme devant elle. La pièce était chaleureuse, et sa riche décoration la rendait sympathique aux yeux de Kasparov, qui n’avait connu comme luxe qu’une chambre austère comme résidence d’étudiant.
« Alors, dit l’Anglaise dans son si superbe langage maternel, puis-je savoir qui j’ai eu l’honneur de sauver des soldats du tsar?
-Absolument, madame. Je suis Emmanuel Kasparov, étudiant en littérature anglaise à l’université de Moscou. Et puis-je oser vous demander votre nom?
-L’on me surnomme Lady Love, répondit la magnifique rouquine. C’est tout ce que vous avez besoin de savoir jusqu’à présent. »
Kasparov se contenta de cette réponse. Dame Amour semblait tenir à l’anonymat, et il ne voulait en aucune circonstance insister auprès de cette tendre créature à qui il devait la vie. Le regard bleu de la Britannique continuait de le fixer, et son sourire charmant faisait battre son cœur. Craignant qu’elle n’entende ses battements sourds, il osa y porter une main, voulant compresser ce son mat et régulier qui risquait de trahir son émotion. Et c’est alors qu’il sentit, dans sa poche poitrine, l’anneau tant convoité. Cette sensation tira brutalement l’étudiant de son trouble. Vassilia, songea-t-il.
Kasparov était fiancé à Vassilia Antropov, une pauvre étudiante comme lui, dont il s’était épris un an plus tôt. C’était pour lui acheter enfin cet anneau, ce simple anneau d’or officialisant la chose, qu’il avait osé braver l’armée et la rue en ces temps d’insurrection. Et le voilà qui à présent trompait son amour pour elle, pour elle, la jeune fille qui l’attendait depuis un an, avec cette étrangère venu de nulle part mais qui, il le savait, aurait une influence certaine sur sa vie. Il était si attiré…mais il ne pouvait succombé à ce sentiment. Son cœur était pris: il aimait Vassilia.
Lady Love sembla réaliser son trouble. Elle se pencha alors légèrement de l’avant, une lueur d’interrogation brillant dans son regard. Ce geste ramena Kasparov à elle, l’aristocrate d’environ vingt-cinq ans, elle qui l’avait sauvé et qui, maintenant, ne comprenait plus son silence. Son regard effleura les seins de sa protectrice, maintenant en évidence par la position penchée de la jeune femme, et il dû se mordre les lèvres pour sortir de la torpeur où le démon de la chair le plongeait. Il releva la tête vivement, la sueur perlant sur son front, et plongea à nouveau ses yeux dans ceux de l’Anglaise, ces yeux fascinants qui le dominaient complètement.
« Quel est cet anneau, tout contre votre cœur? », demanda-t-elle.
Kasparov revint à nouveau à la réalité. Il avait tiré l’anneau de sa poche, et le tournoyait maintenant entre ses doigts, tout contre sa poitrine. Sa lueur dorée éclairait son visage, et il aperçut alors le mot qu’il avait fait gravé à l’intérieur de la bague: « Love ». Quelle coïncidence! Et si c’était à Lady Love que cet anneau était destiné? Toutes ses économies avaient passés dans l’achat, il ne pouvait s’en séparer sous peine de reporter ses fiançailles avec Vassilia…mais il sentait, au plus profond de lui-même, qu’il devait l’offrir à sa protectrice, en gage d’affection et de reconnaissance pour lui avoir sauvé la vie.
« Puis-je le voir? », demanda alors Lady Love, brisant le silence.
Sans un mot, Kasparov lui tendit. Sa main tremblait, un terrible dilemme aurait dû le déchirer, et pourtant non: il ne pouvait rien refuser à sa protectrice. Lady Love le possédait. Complètement.
La noble britannique prit l’anneau délicatement, effleurant le bout des doigts du jeune Russe par ce geste. À ce contact, un frisson de plaisir parcourut Kasparov. Elle était si belle. Si froide. Et si chaleureuse à la fois.
La jeune femme fit tournoyé l’anneau d’or dans ses doigts, l’observant sous tous les angles. Et soudain, elle s’arrêta, fixant l’inscription. Son attention soutenue sur ces quatre lettres, dans sa propre langue, trahissait un vif intérêt. Soudain, elle releva la tête, et plongeant à nouveau ses yeux si purs dans ceux de celui qu’elle avait sauvé, elle murmura:
« Est-ce à moi que cette anneau est destiné?
-Oui », répondit sans hésitation Kasparov, réalisant du même coup quelle étrangeté le poussait à lui offrir ce gage d’amour pour celle qui, moins d’une heure auparavant, occupait toutes ses pensées.
Un sourire de victoire apparut sur le visage de l’Anglaise. Pressant l’anneau contre son sein, elle l’enfila délicatement à son annulaire gauche, par-dessus son gant. Kasparov remarqua alors, pour la première fois, que nulle autre bague ornait les doigts de la fascinante rouquine. Elle n’était donc pas mariée, malgré son âge? Et si c’était lui, lui qu’elle avait attendu tout ce temps?
Lady Love se leva alors de sur sa couche et s’approcha de Kasparov. Le feu de la chair consuma alors le jeune homme, et la pensée de Vassilia, dernière réticence, faillit disparaître de sa mémoire. Mais il s’y accrochait, comme on lutte contre la tentation en pensant à Dieu, craignant ce qui allait se produire. Lady Love le rejoint alors et se pencha vers lui, se mettant à sa hauteur alors qu’il était assis. Ses deux mains gantées encadrèrent le visage brûlant de Kasparov, et elle plongea son regard pénétrant dans le sien, sa bouche à moins d’un centimètre de la sienne. Le désir montait en flèche, la raison tentait une dernière lutte désespérée, le démon envahissait son âme si pure. Il ne saurait résister longtemps. Qu’elle le laisse, par pitié, qu’elle le libère de son joug, qu’il se sauve d’elle, d’elle qui le dominait, d’elle qu’il aimait.
« Je ne sais comment vous remercier de ce présent, chuchota l’Anglaise. Cet anneau est simple, mais c’est plus qu’un symbole de gratitude pour moi: c’est la preuve de l’union éternelle entre nous. »
Et aussitôt, elle plaqua sa bouche contre la sienne. Ces lèvres, si pâles, si froides, mais si tentantes, eurent raison de la dernière résistance de Kasparov. Vassilia disparut bel et bien, et il ne restait plus que cette mystérieuse aristocrate, ce désir charnel, irrationnel, qui le possédait complètement. Il l’enlaça, répondant à l’ardeur de ses baisers, et tandis qu’elle descendait sa bouche à son cou, elle entraîna le jeune Russe vers le lit, le fit se coucher, lui exposa son corps et lui offrit ses plus intimes faveurs. Et c’est ainsi qu’Emmanuel Kasparov connut sa première nuit d’amour, serrant contre lui cette rouquine inconnue qui lui donnait toutefois sa vie.
La nuit tirait à sa fin lorsque le jeune étudiant s’éveilla. Il était toujours dans le lit de Lady Love, nu, mais sa charmante maîtresse avait disparue. Se redressant, il la chercha du regard: nulle part. Inquiet, il se leva alors et se rhabilla vivement, voulant partir à sa recherche. Mais il ne mit pas ce projet à exécution. Il aperçut, au moment où il se relevait après avoir remis ses bas, que l’une des portes de l’armoire blanche était entrouverte. Un tel parfum s’en dégageait…un parfum comme il n’en avait jamais senti avant. Si bon, mais pourtant si repoussant à la fois, doux mais âcre, volatile mais présent. Curieux, il se rapprocha de cette armoire, voulant seulement satisfaire sa curiosité avant de refermer la porte vivement. Un désir incontrôlable l’envahit à nouveau, pire que celui qu’il avait ressenti plus tôt en pressant Lady Love contre lui. C’était une question de survie, il devait savoir ce qu’il y avait dans cette armoire.
Il ouvrit la porte brutalement, d’un coup, et fixa son regard à l’intérieur de l’armoire blanche, dans l’obscurité profonde du meuble tant imposant. Et alors, une lueur terrifiée passa dans son regard, sa bouche s’ouvrit, formant un rictus d’épouvante et de répugnance, et cette vision repoussante le tétanisa sur place.
Des cadavres. L’armoire était occupée de cadavres. Enroulés dans un linceul parfumé, les morts y reposaient, dans leur ultime vision d’agonie, le sang séché ruisselant sur le linge momifiant blanc. Cinq cadavres, tous de jeunes hommes, dont le cou était percé de deux profondes entailles, comme des morsures, et dont la vie s’était écoulé par cette plaie béante, dans un regard ultime de terreur. Cet entassement de corps qui s’étaient préservés de la décomposition par quelque miracle, cette brutale vision d’horreur, recelait d’une violence et d’un esthétisme inquiétant. Ces morts n’avaient pas atteints la paix, mais ils étaient beaux dans leur déchéance, dans leur ultime agonie, qui avait certes été horrible mais qui pourtant leur donnait une attraction certaine sur quiconque les regardait.
Kasparov recula. Il devait fuir, sortir d’ici, risquer la mort à nouveau, dans cette aube naissante, et s’enfuir à jamais de cette femme fatale, de cette rouquine mystérieuse qui l’avait possédé et qui, maintenant, allait sans doute le tuer. Paralysé par la peur, il recula lentement vers la porte de la chambre, le regard fixé sur l’amoncellement cadavérique de l’armoire.
Il percuta alors quelque chose de froid, de dur, d’inhumain, qui lui saisit alors les épaules avec force et l’immobilisa. Kasparov faillit crier, mais une douce voix chuchotant à son oreille le paralysa:
« Nous sommes unis pour l’éternité, Emmanuel », souffla Lady Love.
Puis, il sentit un froid glacial, mortel, frapper son cou et envahir son corps, et il ne se souvint plus de rien.
D’un pas rapide, Kasparov traversait donc les masses de neige grise s’étant accumulés dans les rues, parfois ponctués de quelques taches rouges, seul témoignage qu’un humain avait perdu la vie à cet endroit. Un frisson parcourut l’échine du jeune homme. À dix-neuf ans, il en avait déjà vu plus que bon nombre de ses compatriotes: son père, ouvrier, était tombé devant lui en 1905, alors qu’il n’avait que six ans, le front percé de la balle d’un soldat. C’en était suivi un carnage, et c’est dans ce bain de sang que lui, le jeune enfant, avait été récupéré par une gentille dame qui avait pris soin de lui jusqu’à ce que son oncle, médecin, vienne à Saint-Pétersbourg le chercher, pour l’emmener vivre avec lui à Moscou. Mais même dans cette ville, les manifestations tournaient toujours au chaos, les gangs criminels faisaient la loi, et l’on pendait impunément quiconque disait du mal du tsar. Kasparov en avait donc vu de toutes les couleurs, et il lui tardait de retrouver la paix.
Des coups de feu le tirèrent de ses pensées. Il se retourna vivement: au loin, dans la fumée d’un incendie, des soldats à cheval tiraient à bout portant sur un groupe, qui se défendait corps et âme avec des pierres en tentant de fuir, coupable de quelque crime si courant en ces temps d’instabilité et de révolution. Kasparov prit peur. Les soldats se rapprochaient dangereusement de lui. S’il le voyait, c’en était fini. Il tenta alors désespérément de fuir, courant à travers la rue de toute la force de ses maigres jambes, cherchant une porte de salut. Un cri retentit derrière lui, et une balle siffla à son oreille: ça y est, il était repéré. Redoublant d’ardeur, il aperçut une petite ruelle et s’y introduit alors, espérant y trouver une cachette. C’est alors qu’une voix claire chuchota à son oreille, dans un russe à consonance étrangère: « Par ici ».
Kasparov se retourna. Il aperçut alors une silhouette filiforme dans l’ombre de la porte d’une petite auberge miteuse, lui faisant signe d’entrer. En toute autre circonstance, le jeune étudiant se serait posé des questions par rapport à cette personne qui, sans le connaître, lui offrait un échappatoire. Mais il n’avait guère le temps d’évaluer la situation sous tous ses angles, et sans plus attendre, il pénétra dans l’auberge, dont la porte se referma sur-le-champ.
Tout essoufflé, Kasparov se réfugia aussitôt dans la première pièce qu’il vit, et qui se révéla être la cuisine de l’auberge, tout aussi délabrée qu’elle le semblait à l’extérieur. Se jetant au sol, dans l’ombre du comptoir, il tenta de reprendre son souffle, cherchant encore à s’éclaircir l’esprit sur cette mystérieuse femme – car c’était bien une femme, il en était convaincu – qui l’avait sorti de ce fâcheux pétrin. Qui était-elle, et pourquoi le sauvait-il, alors qu’elle semblait étrangère? Tous les étrangers n’étaient-ils pas favorables au tsar? Et pourquoi s’exposer aux risques d’un jeune homme traqué, si c’était bien une femme? Ne le craignait-elle pas?
Une main froide se posa sur son dos, tirant l’étudiant de ses réflexions. Il se retourna et croisa alors le regard de sa sauveuse: deux grands yeux bleus, aux cils longs et épais, et dont les cheveux roux, légèrement frisés, encadrait un visage d’albâtre, aux traits fins et délicats. Elle était vêtue somptueusement, d’une grande robe de taffetas verte pâle, recouverte d’une mante de fourrure pour se protéger du froid de février auquel se pliait tant bien que mal les Moscovites. Son regard était si doux, si profond, si hypnotisant, que Kasparov fut aussitôt charmé, et perdant tous ses repères, saisit sa main gantée de noir et la baisa avec fougue et passion, tant par reconnaissance que par désir de se soustraire à ce si magnifique regard, qui semblait lire jusqu’au fond de son âme tourmentée.
« Relèves-toi, dit la femme aux yeux d’azur, d’une voix suave mais au fort accent anglais. Tu es à l’abri ici, ils ne viendront pas.
-Je ne saurais vous remercier assez de m’avoir sauvé la vie, gente dame, répondit Kasparov en anglais, langue qu’il étudiait depuis maintenant deux ans à l’université et dans laquelle il était plutôt à l’aise. Ma vie vous appartient désormais.
-J’en prendrai note, répondit l’Anglaise dans sa propre langue avec un indéchiffrable sourire. Cette cuisine ne me semble pas toutefois le lieu le plus convenable pour se cacher. Venez plutôt à ma chambre, nous y serons plus à l’aise pour discuter. Et soyez sans crainte, les cachettes n’y manqueront pas. »
Kasparov ne sus que répondre. Il était subjugué par tant de délicatesse et de beauté. La grâce de cette dame la trahissait: elle était sûrement une de ces aristocrates éprises de voyages, coincée à Moscou par les troubles alors qu’elle devait être au bal du tsar et s’y faire remarquer par les différents princes et officiers prêts à tout pour un seul regard de sa part. Sans plus de résistance, il laissa sa protectrice lui prendre la main et le guider vers l’escalier, qu’elle montait sans difficulté malgré sa longue robe. Puis, dès qu’ils arrivèrent au sommet des marches, elle le guida à la deuxième porte à droite et le fit pénétré dans sa chambre, une somptueuse suite qui, malgré son dépouillement original, était à présent décoré de milles et unes merveilles venues d’Angleterre, gravures fines, peintures exquises, meubles d’acajou sertis de lignes d’or: il remarqua également au fond de la chambre une grande armoire blanche, aux portes closes, qui le dominaient de sa hauteur. S’asseyant sur une chaise confortable, Kasparov admira la noble épanouie devant lui retirer sa mante, révélant ses pâles bras délicats, où seules quelques taches de rousseur éparses ponctuaient l’immaculée blancheur de neige de sa peau. Elle s’assit sur son lit comme si ce fut un trône, avec une grâce de reine, rejetant légèrement sa longue chevelure rousse à l’arrière d’un geste sensuel, et resta droite et fière, scrutant le jeune homme devant elle. La pièce était chaleureuse, et sa riche décoration la rendait sympathique aux yeux de Kasparov, qui n’avait connu comme luxe qu’une chambre austère comme résidence d’étudiant.
« Alors, dit l’Anglaise dans son si superbe langage maternel, puis-je savoir qui j’ai eu l’honneur de sauver des soldats du tsar?
-Absolument, madame. Je suis Emmanuel Kasparov, étudiant en littérature anglaise à l’université de Moscou. Et puis-je oser vous demander votre nom?
-L’on me surnomme Lady Love, répondit la magnifique rouquine. C’est tout ce que vous avez besoin de savoir jusqu’à présent. »
Kasparov se contenta de cette réponse. Dame Amour semblait tenir à l’anonymat, et il ne voulait en aucune circonstance insister auprès de cette tendre créature à qui il devait la vie. Le regard bleu de la Britannique continuait de le fixer, et son sourire charmant faisait battre son cœur. Craignant qu’elle n’entende ses battements sourds, il osa y porter une main, voulant compresser ce son mat et régulier qui risquait de trahir son émotion. Et c’est alors qu’il sentit, dans sa poche poitrine, l’anneau tant convoité. Cette sensation tira brutalement l’étudiant de son trouble. Vassilia, songea-t-il.
Kasparov était fiancé à Vassilia Antropov, une pauvre étudiante comme lui, dont il s’était épris un an plus tôt. C’était pour lui acheter enfin cet anneau, ce simple anneau d’or officialisant la chose, qu’il avait osé braver l’armée et la rue en ces temps d’insurrection. Et le voilà qui à présent trompait son amour pour elle, pour elle, la jeune fille qui l’attendait depuis un an, avec cette étrangère venu de nulle part mais qui, il le savait, aurait une influence certaine sur sa vie. Il était si attiré…mais il ne pouvait succombé à ce sentiment. Son cœur était pris: il aimait Vassilia.
Lady Love sembla réaliser son trouble. Elle se pencha alors légèrement de l’avant, une lueur d’interrogation brillant dans son regard. Ce geste ramena Kasparov à elle, l’aristocrate d’environ vingt-cinq ans, elle qui l’avait sauvé et qui, maintenant, ne comprenait plus son silence. Son regard effleura les seins de sa protectrice, maintenant en évidence par la position penchée de la jeune femme, et il dû se mordre les lèvres pour sortir de la torpeur où le démon de la chair le plongeait. Il releva la tête vivement, la sueur perlant sur son front, et plongea à nouveau ses yeux dans ceux de l’Anglaise, ces yeux fascinants qui le dominaient complètement.
« Quel est cet anneau, tout contre votre cœur? », demanda-t-elle.
Kasparov revint à nouveau à la réalité. Il avait tiré l’anneau de sa poche, et le tournoyait maintenant entre ses doigts, tout contre sa poitrine. Sa lueur dorée éclairait son visage, et il aperçut alors le mot qu’il avait fait gravé à l’intérieur de la bague: « Love ». Quelle coïncidence! Et si c’était à Lady Love que cet anneau était destiné? Toutes ses économies avaient passés dans l’achat, il ne pouvait s’en séparer sous peine de reporter ses fiançailles avec Vassilia…mais il sentait, au plus profond de lui-même, qu’il devait l’offrir à sa protectrice, en gage d’affection et de reconnaissance pour lui avoir sauvé la vie.
« Puis-je le voir? », demanda alors Lady Love, brisant le silence.
Sans un mot, Kasparov lui tendit. Sa main tremblait, un terrible dilemme aurait dû le déchirer, et pourtant non: il ne pouvait rien refuser à sa protectrice. Lady Love le possédait. Complètement.
La noble britannique prit l’anneau délicatement, effleurant le bout des doigts du jeune Russe par ce geste. À ce contact, un frisson de plaisir parcourut Kasparov. Elle était si belle. Si froide. Et si chaleureuse à la fois.
La jeune femme fit tournoyé l’anneau d’or dans ses doigts, l’observant sous tous les angles. Et soudain, elle s’arrêta, fixant l’inscription. Son attention soutenue sur ces quatre lettres, dans sa propre langue, trahissait un vif intérêt. Soudain, elle releva la tête, et plongeant à nouveau ses yeux si purs dans ceux de celui qu’elle avait sauvé, elle murmura:
« Est-ce à moi que cette anneau est destiné?
-Oui », répondit sans hésitation Kasparov, réalisant du même coup quelle étrangeté le poussait à lui offrir ce gage d’amour pour celle qui, moins d’une heure auparavant, occupait toutes ses pensées.
Un sourire de victoire apparut sur le visage de l’Anglaise. Pressant l’anneau contre son sein, elle l’enfila délicatement à son annulaire gauche, par-dessus son gant. Kasparov remarqua alors, pour la première fois, que nulle autre bague ornait les doigts de la fascinante rouquine. Elle n’était donc pas mariée, malgré son âge? Et si c’était lui, lui qu’elle avait attendu tout ce temps?
Lady Love se leva alors de sur sa couche et s’approcha de Kasparov. Le feu de la chair consuma alors le jeune homme, et la pensée de Vassilia, dernière réticence, faillit disparaître de sa mémoire. Mais il s’y accrochait, comme on lutte contre la tentation en pensant à Dieu, craignant ce qui allait se produire. Lady Love le rejoint alors et se pencha vers lui, se mettant à sa hauteur alors qu’il était assis. Ses deux mains gantées encadrèrent le visage brûlant de Kasparov, et elle plongea son regard pénétrant dans le sien, sa bouche à moins d’un centimètre de la sienne. Le désir montait en flèche, la raison tentait une dernière lutte désespérée, le démon envahissait son âme si pure. Il ne saurait résister longtemps. Qu’elle le laisse, par pitié, qu’elle le libère de son joug, qu’il se sauve d’elle, d’elle qui le dominait, d’elle qu’il aimait.
« Je ne sais comment vous remercier de ce présent, chuchota l’Anglaise. Cet anneau est simple, mais c’est plus qu’un symbole de gratitude pour moi: c’est la preuve de l’union éternelle entre nous. »
Et aussitôt, elle plaqua sa bouche contre la sienne. Ces lèvres, si pâles, si froides, mais si tentantes, eurent raison de la dernière résistance de Kasparov. Vassilia disparut bel et bien, et il ne restait plus que cette mystérieuse aristocrate, ce désir charnel, irrationnel, qui le possédait complètement. Il l’enlaça, répondant à l’ardeur de ses baisers, et tandis qu’elle descendait sa bouche à son cou, elle entraîna le jeune Russe vers le lit, le fit se coucher, lui exposa son corps et lui offrit ses plus intimes faveurs. Et c’est ainsi qu’Emmanuel Kasparov connut sa première nuit d’amour, serrant contre lui cette rouquine inconnue qui lui donnait toutefois sa vie.
La nuit tirait à sa fin lorsque le jeune étudiant s’éveilla. Il était toujours dans le lit de Lady Love, nu, mais sa charmante maîtresse avait disparue. Se redressant, il la chercha du regard: nulle part. Inquiet, il se leva alors et se rhabilla vivement, voulant partir à sa recherche. Mais il ne mit pas ce projet à exécution. Il aperçut, au moment où il se relevait après avoir remis ses bas, que l’une des portes de l’armoire blanche était entrouverte. Un tel parfum s’en dégageait…un parfum comme il n’en avait jamais senti avant. Si bon, mais pourtant si repoussant à la fois, doux mais âcre, volatile mais présent. Curieux, il se rapprocha de cette armoire, voulant seulement satisfaire sa curiosité avant de refermer la porte vivement. Un désir incontrôlable l’envahit à nouveau, pire que celui qu’il avait ressenti plus tôt en pressant Lady Love contre lui. C’était une question de survie, il devait savoir ce qu’il y avait dans cette armoire.
Il ouvrit la porte brutalement, d’un coup, et fixa son regard à l’intérieur de l’armoire blanche, dans l’obscurité profonde du meuble tant imposant. Et alors, une lueur terrifiée passa dans son regard, sa bouche s’ouvrit, formant un rictus d’épouvante et de répugnance, et cette vision repoussante le tétanisa sur place.
Des cadavres. L’armoire était occupée de cadavres. Enroulés dans un linceul parfumé, les morts y reposaient, dans leur ultime vision d’agonie, le sang séché ruisselant sur le linge momifiant blanc. Cinq cadavres, tous de jeunes hommes, dont le cou était percé de deux profondes entailles, comme des morsures, et dont la vie s’était écoulé par cette plaie béante, dans un regard ultime de terreur. Cet entassement de corps qui s’étaient préservés de la décomposition par quelque miracle, cette brutale vision d’horreur, recelait d’une violence et d’un esthétisme inquiétant. Ces morts n’avaient pas atteints la paix, mais ils étaient beaux dans leur déchéance, dans leur ultime agonie, qui avait certes été horrible mais qui pourtant leur donnait une attraction certaine sur quiconque les regardait.
Kasparov recula. Il devait fuir, sortir d’ici, risquer la mort à nouveau, dans cette aube naissante, et s’enfuir à jamais de cette femme fatale, de cette rouquine mystérieuse qui l’avait possédé et qui, maintenant, allait sans doute le tuer. Paralysé par la peur, il recula lentement vers la porte de la chambre, le regard fixé sur l’amoncellement cadavérique de l’armoire.
Il percuta alors quelque chose de froid, de dur, d’inhumain, qui lui saisit alors les épaules avec force et l’immobilisa. Kasparov faillit crier, mais une douce voix chuchotant à son oreille le paralysa:
« Nous sommes unis pour l’éternité, Emmanuel », souffla Lady Love.
Puis, il sentit un froid glacial, mortel, frapper son cou et envahir son corps, et il ne se souvint plus de rien.
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