mardi 10 juillet 2012

MOURIR À 24 ANS

Mourir à vingt-quatre ans
C'est l'injustice à l'état pur
Mourir à vingt-quatre ans
C'est la plus terrible des blessures

Comment accepter, se résigner?
Comment peut-on s'en aller ainsi?
Avec tant de rêves irréalisés
Et de projets inassouvis?

Mourir à vingt-quatre ans
Prête à relever tous les défis
Mourir à vingt-quatre ans
L'impression de n'avoir rien accompli

Pourtant, tu as cette force intérieure
Ce calme face à l'inéluctable
Dans tes yeux, ni colère, ni terreur
Juste une paix inébranlable

Mourir à vingt-quatre ans
Et le prendre avec le sourire
Mourir à vingt-quatre ans
Et avoir la force de rire

Rire, malgré cette maladie épouvantable
Qui marche sur ton corps, le déforme, le piétine
Les joues creuses, d'une maigreur effroyable,
Mais ton regard est scintillant et lucide

Mourir à vingt-quatre ans
En ayant son coeur tout donné
Mourir à vingt-quatre ans
Et avoir su se distinguer

Voilà ton legs le plus grand et le plus précieux
T'être dépensée pour les autres, sans compter
La chaleur de ton être, ce souvenir radieux
Dans chacune des mémoires restera gravé

Mourir à vingt-quatre ans,
Avec le sentiment d'avoir tout réussi
Mourir à vingt-quatre ans
Et, malgré tout, épanouie

Voilà qui rend ta mort moins amère
Et apporte la paix dans ton esprit
Oiseau, phénix, prends tes ailes, être si cher
Envoles-toi vers d'autres cieux, douce Stéphanie

De là-haut, tu réchaufferas encore nos vies

samedi 21 avril 2012

Cher Jack

Cher Jack,

Bientôt un an que tu aies parti. Déjà. Je peine encore à y croire. Jack, quand j'ai appris ton décès, ce fut un coup de massue en me réveillant. Tu étais malade et tu souffrais, bien sûr, mais comme tout le monde, je n'avais pas réalisé, en juillet 2011, lorsque tu t'étais retiré "temporairement", que tu étais mourant. En tant que journaliste, je me dois d'être neutre. Mais je ne te mentirai pas: en tant qu'individu, ta mort m'a affecté profondément, et m'afflige encore. Tu étais notre Obama, Jack: tu nous a fait croire aux changements possibles. Tu nous a donné espoir qu'il était possible d'aider son prochain, par le biais de l'État, sans nous ruiner. Tu as ramené l'être humain au centre du débat public, alors que depuis 20 ans, c'est l'économie et la lutte aux déficits qui tenaient le haut du pavé. Tu nous a rappelé qu'en politique, il n'y a pas que des menteurs et des voleurs: il y a des gens pétris d'idéalisme, qui veulent changer les choses et aider les citoyens à appliquer leurs droits. Tu pars trop tôt, Jack: nous avions besoin de toi pour tenir tête aux conservateurs, et défendre les nécessiteux de ce pays. Mais nous garderons ton optimisme, et chérirons ton héritage. Comme René Lévesque, tu nous auras dit: "À la prochaine fois". Mais la prochaine fois sera sans toi. Où que tu sois, Jack, repose en paix. Tu nous auras montré la voie. À nous de la suivre. Salut Jack!

Max

dimanche 10 juillet 2011

LA HANTISE DU VÉTÉRAN

Vieillard dans un corps de garçon
Il reste étendu dans l’obscurité
L’oreille aux aguets, secoué de frissons,
L’œil vif, craignant pour sa sûreté.

Dans sa tête, les souvenirs se bousculent
Tous plus horribles les uns que les autres.
Il revoit ses amis, forts comme Hercule,
S’écrouler sous les balles, tués par l’Autre.

L’Autre, qu’il est chargé de débusquer
Et d’abattre sans faire de quartier,
L’Autre, qui a toujours là demeuré
Et qui, maintenant, se voit chassé.

Le déluge de balles et de bombes
Semble si vivant dans sa tête.
Il les entend, toujours ils tombent
Jamais ces bruits ne s’arrêtent.

Et il reste là, pétrifié,
Complètement prisonnier de son passé;
Les larmes et le sang ne peuvent être effacés,
Toujours ces souvenirs le possèdent tout entier.

Même s’il est de retour à la maison,
Il reste là, incapable de bouger.
Dans la rassurante obscurité du salon,
Il laisse son esprit malade divaguer.

Si seulement cette hantise pouvait cesser,
Si seulement il pouvait se libérer de son passé.
Le poids de la mémoire est trop lourd à porter,
Il aimerait tant s’en débarrasser

Et retrouver la paix qui, jadis, l’habitait,
Lorsqu’à chaque coin de rue qu’il rencontrait
Il ne craignait pas d’en voir surgir un ennemi,
Un homme armé, voulant lui prendre la vie.

Mais les souvenirs sont maintenant gravés en lui
Et il devra les porter, pour le reste de sa vie,
Et apprendre à vivre avec cette horrible peur
Qui à tout jamais, lui serrera le cœur.

samedi 9 juillet 2011

LE SENTIER

Dans les profondeurs de tes yeux
Je me surprends à plonger et rêver
À une vie sans nuages, où, heureux,
Nous pourrions enfin nous exalter

Dieu, que j'aimerais croire à cette vision,
Croire que le bonheur est à portée de main.
Mais dès que je tends les bras, je perds pied,
Mes mains se ferment sur le vide de ma vie

Et je m'effondre, plus que jamais soucieux,
Soucieux de trébucher, de tes pensées.
J'aimerais tellement être plus audacieux
Mais je reste hanté par mon passé.

Je n'ose donc prendre cette direction,
Affronter le sentier vers ton jardin.
J'ai trop peur de ce ravin à enjamber
Peur d'y tomber, et d'y laisser la vie.

Je reste sur le bord du chemin, priant les cieux
De me donner le courage d'avancer
Vers toi, pour remplir ce creux
Qui, depuis trop longtemps, occupe mes pensées.

Et toi, tu ne vois pas mon obsession.
Tu crois que, pour toi, je ne ressens rien,
Rien d'autre qu'une trop commune amitié,
Et j'ai peur qu'en me révélant, notre lien soit détruit.

Et pourtant, nous serions si heureux
Si cet amour pouvait se développer.
Voilà pourquoi j'affronte mon esprit peureux
Et pour une fois, laisse mon coeur aller.

Une bonne respiration, et je m'engage sur le sentier.

mercredi 18 mai 2011

La punition divine, dernière partie

Le lendemain, à 11 heures pile, la carriole du médecin franchit l’entrée de la cour de son père. Il alla mettre ses chevaux à l’abri dans l’étable, puis entra dans la maison. Henriette le mena à la chambre du vieil homme. Wilbrod, lorsqu’il aperçut son père, fut horrifié. Son nez s’était cicatrisé, mais croche. Il était toutefois incapable de se lever, Casimir lui ayant brisé deux côtes. Wilbrod, patiemment, examina son père sous tous les angles, s’assurant qu’il n’avait pas d’autres blessures. Puis, il parla à son géniteur. Ils parlèrent longuement, et Hyacinthe, pour la première fois, se vida le cœur. À midi moins le quart, Henriette entra doucement dans la chambre. Elle annonça à son beau-frère que son époux ne tarderait plus, maintenant. Wilbrod dut partir. Il promit toutefois à son père de s’occuper de tout ça, et souhaitant un joyeux Noël à tous, il partit.

Cinq jours plus tard, Casimir reçut une désagréable visite: Wilbrod et deux de ses frères, dont l’avocat, vinrent le voir, et annoncèrent que Hyacinthe partait avec eux. L’avocat lui remit également une mise en demeure: il était poursuivi au civil par son père, qui voulait récupérer l’ensemble de sa fortune, deux cents trente-deux piastres et soixante-trois cennes. S’il ne rendait pas la totalité du montant le quinze janvier prochain, il y aurait procès. D’ici là, Hyacinthe logerait chez Wilbrod en attendant la fin des procédures. Casimir nia tout en bloc, hurla que c’était mensonge, qu’ils s’étaient mis la famille ensemble pour le dépouiller. Rien n’y fit: les trois hommes repartirent avec leur père. Ce fut alors horrible. Casimir entra dans une rage folle, il jeta tous les meubles par terre, battit sa femme, son fils. Il avait travaillé si fort pour avoir son dû, et voilà qu’on le lui volait. Il allait hériter de toute façon, bon Dieu, qu’est-ce que cela changeait s’il prenait possession plus tôt de son bien? Il était dans une colère noire, et jurait qu’ils le lui payeraient, tous.

Le lendemain, c’était le réveillon du Jour de l’An. Hyacinthe garda le lit, mais eut le bonheur de voir quatre de ses enfants et leurs familles autour de lui. L’histoire s’était su, bien sûr, mais sachant le père fier, aucun des Brissette n’en glissa mot durant la veillée. Il ne restait qu’un détail à régler. Le fils notaire était sensé les rejoindre le lendemain avec sa famille. Il comptait en même temps produire un nouveau testament à son père, à la demande de celui-ci: il avait décidé de déshériter complètement Casimir, laissant la part qui lui revenait au petit Omer: d’ici à la majorité de celui-ci, le notaire s’occuperait de l’administrer. Quant à la terre, il la cédait à son gendre, Allard, qui vivait juste à côté. Ainsi, le mauvais fils serait bien puni. C’est avec un grand sourire aux lèvres que Hyacinthe accueillit le 1er janvier. Il savait que la prochaine année ne serait pas aussi pire que les trois précédentes.

Le 1er janvier au matin, on trouva Hyacinthe Brissette mort dans son lit. Il s’était éteint paisiblement, dans son sommeil. Ses enfants l’ensevelirent avec dignité, auprès de Marie-Anna et Edmond. Toutefois, un problème demeurait: le vieillard mort, toutes les procédures judiciaires tombaient. De plus, il n’avait pas eu le temps de refaire son testament: ainsi Casimir hérita-t-il malgré tout de la terre. Il fut poursuivi par ses frères, bien sûr, mais il manquait un témoin clé pour confirmer le vol: Hyacinthe. Quant à Henriette, qui aurait pu les aider, la loi l’interdisait de témoigner contre son mari. La chance souriait au traître: il put tout garder, l’argent et la terre. Il divisa celle-ci en lots, qu’il loua, et vendit la plupart de ses bêtes aux voisins, augmentant son pécule. Il comptait bien se couler les jours heureux dont il avait tant rêvé.

Mais si les hommes étaient incapables de châtier Casimir, Dieu, lui, en avait le pouvoir. Et il ne s’en priva pas: un mois après la mort de Hyacinthe, Henriette mourut en mettant au monde une fille mort-née. Casimir, désireux de se débarrasser de son fils par la suite, eut de la chance: Omer fut pris à charge par Délia, la femme de Wilbrod, qui le couvrit de tendresse maternelle. Le jeune garçon put dès lors reprendre confiance en la vie, et connaître un certain bonheur.

Une fois tous les innocents de la maisonnée partis ou rappelés à lui, Dieu mis en marche sa vengeance. Elle fut prompte: dans la nuit du Jeudi au Vendredi saint, la maison des Brissette brûla. Casimir, qui y dormait, ivre mort, ne put sortir à temps: il resta coincé dans l’incendie. Les voisins, qui s’étaient précipités pour éteindre le feu, entendirent longtemps ses cris d’agonie: il hurla toute une heure comme une bête pris au piège. Puis, il se tut à jamais: on retrouva son corps calciné dans les décombres, le lendemain. C’était la punition de Dieu.

Par la suite, plus jamais personne ne put vivre sur le site de l’ancienne maison des Brissette. Quiconque tenta de jeter la bâtisse à terre pour en reconstruire une nouvelle subit d’importantes brûlures. On raconte qu’encore aujourd’hui, dans la nuit du Jeudi au Vendredi saint, on entend d’horribles cris de souffrance provenant des ruines de la maison. Nul ne sait exactement ce qui s’y passe. Mais la plupart croient que c’est la punition divine qui continue, et que si les ruines tiennent encore debout après tout ce temps, c’est certainement car il s’agit d’une prison pour l’âme de Casimir Brissette.

La punition divine, partie 5

Cet été-là fut l’exact opposé du précédent: la sécheresse avait fait place à des pluies torrentielles, qui se succédaient jour après jour. Hyacinthe s’enfonçait dans le désespoir. Il avait dû entamer son bas de laine pour assurer une vie décente à la famille jusqu’au printemps, et à cause de la pluie, il ne cessait de puiser dedans pour amener de la nourriture sur la table. Casimir profitait de l’occasion. Les journées de pluie, ne pouvant travailler sur la terre, il partait à la taverne. Mais cela finissait par lui coûter cher. Il pensait alors aux économies du paternel, à tous ses sous accumulés en une vie de labeur, et qui lui avait constitué ce pécule. Il se mit à rager. Cette foutue terre ne rapportait rien, elle demandait trop d’efforts, et à cause de la température, on n’était jamais certain du résultat. C’est l’argent qu’il aurait voulu, le bas de laine du père, pour pouvoir passer ses journées à la taverne. Il rêvait d’une vie de fainéantise, à dépenser l’argent que le père Brissette conservait jalousement. Le soir, lorsqu’il rentrait en titubant à la maison, il regardait les rayons de la Lune, et il lui semblait voir danser dans cette mer blafarde les sous du père, toutes ces piécettes d’argent qui tombaient sur lui, le recouvraient. Il poussait alors la porte et se glissait dans son lit, à côté de sa femme endormie. Et tandis que le sommeil le gagnait, il maudissait son avare de père, et se jurait que sous peu, il lui demanderait la bourse.

L’été était bien avancé, et l’automne était à leurs portes, lorsque la moisson arriva. Elle fut bien pauvre. Mais cette fois, Casimir, malade du désir de l’argent, décida de s’asseoir avec son père pour faire les comptes. Il guettait chaque chiffre, avec des yeux avides. Lorsqu’il fut confirmé qu’il faudrait passer une bonne partie de l’hiver sur les économies, Hyacinthe dut calculer ce qu’il en coûterait à ce qu’il avait accumulé. Il n’osait toutefois le faire devant son fils. Ce dernier tint à l’accompagner. Il était propriétaire de la moitié de la ferme, non? Du coup, il avait droit de savoir de combien ils disposaient lors des mauvaises années. Mais Hyacinthe n’était pas dupe: il voyait bien que son fils s’enfonçait dans la paresse et l’ivrognerie, et qu’il voulait connaître le montant exact qu’il avait pour le gruger lentement. Aussi refusa-t-il de lui montrer. Il dit qu’il était certain d’en avoir assez, que ce pan des finances était sous sa seule juridiction. Cela enragea Casimir. Ce désir insatiable d’avoir le magot pour lui tout seul le possédait entièrement, et il jura par tous les saints du ciel qu’il finirait par savoir. Dès ce moment, la guerre fut déclarée entre le père et le fils. Le premier cessa de sortir de la maison, guettant sans cesse son fils pour qu’il ne cherche pas l’endroit où était entreposé l’argent. Le second, qui comptait bien trouver la cachette, fouinait dès qu’il en avait l’occasion dans la chambre de son père, certain d’y trouver ce qu’il cherchait. Mais ces moments étaient toujours si courts, Hyacinthe exerçant une telle surveillance, qu’il ne découvrit jamais le bas de laine.

Les premières neiges arrivèrent bien vite cette année-là, et les préparatifs de départ pour le chantier furent devancés. Hyacinthe comptait sur ces quelques mois de paix pour séparer son pécule en plusieurs parties et trouver une cachette à chacun des tas, ce qui le prémunirait contre les envies de son fils. Il fut toutefois déçu: Casimir refusa de partir. Le vieillard eut beau lui montrer vingt fois le trou qu’il ferait dans le budget s’il restait, il ne voulut rien entendre. Puisque le père avait de l’argent accumulé, pourquoi devrait-il s’éreinter, les pieds dans la neige, à abattre des arbres? C’était hors de question, il resterait au chaud, à la maison. Le vieil homme s’énervait, lui disait qu’il avait une famille à nourrir, qu’il devait travailler l’hiver pour leur survie. Casimir s’emporta. Il ne retournerait pas au chantier, un point c’est tout. Vaincu, le père Brissette dut dès lors renoncer à ses projets pour sauver ses avoirs.

L’hiver s’installa donc, et les Fêtes approchèrent. Or, ce mois de décembre-là était une occasion spéciale pour les Brissette: le dix-huit, Hyacinthe fêterait ses soixante-quinze ans. Ce genre de longévité étant à l’époque exceptionnelle, son fils Wilbrod décida de célébrer cet anniversaire avec toute la famille, sauf les garçons qui étaient partis aux chantiers. Les huit enfants encore en vie et leurs familles viendraient alors célébrer leur vieux père. Wilbrod, enchanté de son projet, vint donc voir son père pour lui apprendre la nouvelle. Il reçut toutefois une fin de non recevoir par Casimir. Il était hors de question que tous ces gens envahissent sa maison. On n’avait jamais fêté les anniversaires avant chez les Brissette, pourquoi commencer? Wilbrod eut beau lui expliquer que ce serait sûrement la dernière occasion pour tous les membres de la famille de se rassembler, dispersés comme ils étaient, avant le prochain décès, Casimir n’en fit qu’à sa tête. Hyacinthe, dans son coin, n’osait rien dire. Il aurait adoré être avec tous ses enfants une dernière fois, et oublier un instant la méchanceté de son fils, mais il n’osait l’avouer. Lorsque Wilbrod annonça alors qu’on le ferait chez lui, voilà tout, Casimir accepta cette fois vigoureusement. Il prétendit alors qu’il ne voulait pas que Henriette, alors enceinte de huit mois, se fatigue à cuisiner pour la célébration. Si Délia s’offrait, elle, il n’avait aucun problème à aller là-bas. Cela surprit un peu tout le monde, Wilbrod ayant déjà assuré que toutes les épouses donneraient un coup de main pour le repas. Mais bon, puisque Casimir était d’accord comme cela, il résolut de faire ça plutôt chez lui.

Deux semaines plus tard, Hyacinthe, Casimir, Henriette et Omer montaient au village en carriole, chez Wilbrod. La neige était bien tapée, la dernière tempête remontant à plusieurs jours: le trajet fut rapide. La petite maison du médecin se retrouva rapidement remplie. Le notaire de Sainte-Scholastique, le curé Ernest, les deux commerçants et l’avocat étaient présents, avec leur petite famille. Le cultivateur de L’Annonciation était au chantier avec ses deux plus vieux, mais le reste de sa famille était elle aussi descendue pour l’occasion. Enfin, le gendre de Hyacinthe, Allard, veuf depuis cinq ans, vint avec sa fille. Ce fut un véritable moment de bonheur. Le vieil homme, heureux de voir tous ces gens venus pour lui, s’oubliait, parlait sans s’arrêter, riait à chacune des blagues. Il buvait également beaucoup, lui dont la sobriété était légendaire. Il se permettait de se relâcher enfin, après toutes ces années, et ses moments pénibles des derniers temps. Casimir, assis à ses côtés, riait avec le père, remplissait son verre. Il jouait la comédie, pour que personne ne se doute de ses mauvais rapports avec le paternel. Mais il restait maître de lui-même, malgré les apparences. Les rôles traditionnels étaient inversés: c’était Hyacinthe qui buvait et s’amusait, tandis que Casimir, pour une fois, ne se jetait pas à corps perdu dans le plaisir. Quand, enfin, le repas fut terminé, tout le monde passa au salon, fumant, dansant, jasant. Hyacinthe, dans un tel confort, bien au chaud et un peu gris, s’installa dans un fauteuil, un grand sourire aux lèvres, et s’endormit.
La soirée avança, et beaucoup se retrouvèrent éméchés. Wilbrod, qui n’avait pas bu une goutte, offrit le gîte pour la nuit à ceux qui venaient de loin. Il ne pourrait toutefois casé tout le monde, et deux autres garçons demeurant à Saint-Hippolyte gardèrent les autres à coucher. Le curé Ernest rentra malgré l’heure tardive à son presbytère, à Saint-Lin. Casimir, lui, n’offrit de prendre personne à charge. Il laissa plutôt le père endormi aux bons soins de Wilbrod, et rentra avec sa famille à la maison.

Le lendemain, Hyacinthe se réveilla chez son garçon. Inquiet, il demanda ce qui s’était passé. Lorsque Wilbrod lui répondit qu’on n’avait pas osé le réveiller, et que Casimir était rentré sans lui, le vieil homme paniqua. En moins de deux, il fut sur ses pieds, et demandait à ce qu’on le ramène chez lui. Wilbrod ne se fit pas prier. Mais comme c’était dimanche, ils devaient assister à la grande messe d’abord. Hyacinthe, qui ne manquait jamais à ses devoirs religieux, dû s’y conformer. Toute la famille Brissette se retrouva alors à l’église pour la messe, sauf deux d’entre eux: le curé Ernest, qui était rentré, et Casimir. Cela inquiéta encore davantage le vieillard. Il suivit néanmoins la cérémonie, malgré ses soucis grandissants. Enfin, dès que la messe se termina, Hyacinthe partit avec Wilbrod pour chez lui. Sitôt arrivé, il n’offrit rien à son garçon, le saluant seulement, et rentra. Casimir était sorti. Henriette préparait la soupe, tandis qu’Omer jouait avec son seul jouet, un canard de bois que lui avait fabriqué son grand-père. Sans rien dire, le père Brissette traversa l’étroite pièce et entra dans sa chambre: et ce qu’il craignait se confirma.

Tout était sans dessus dessous. Profitant de l’occasion, Casimir avait, une fois de retour à la maison, fouillé la chambre de fond en comble. Il avait défait le lit, vidé le matelas, ouvert les tiroirs, répandu les vêtements au sol. Mais ce qui fit saigner le cœur de Hyacinthe encore davantage fut de voir la commode qui gisait sur le côté, les quatre pattes retirées. Ces quatre pattes étaient creuses. Dans chacune d’entre elles, le vieillard avait glissé un bas de laine, plein. À présent, les bas traînaient auprès de la commode, vides tous les quatre. Hyacinthe n’avait jamais été avare. Mais son cœur était brisé de voir cet argent disparu, cet argent qu’il avait ramassé sou à sou, qu’il conservait pour les périodes creuses et qu’il souhaitait léguer en héritage à chacun de ses enfants, en parts égales. Il appelait cela son dernier cadeau, il rêvait de voir ses enfants, tristes de sa perte, mais avec de quoi leur assurer des jours heureux, grâce à ses efforts. Il avait passé toute sa vie à travailler dur pour ne pas laisser ses enfants dans le besoin. Et voilà que désormais, un seul d’entre eux profiterait de cette maigre fortune, la dilapiderait en jouant aux cartes et en buvant. Ce fut une nouvelle douleur pour le vieil homme, une souffrance supplémentaire à tout ce qu’il endurait déjà. Et alors, les larmes aux yeux, sanglotant silencieusement, il s’effondra sur son matelas.

Henriette vint le voir peu après. Il s’aperçut alors qu’elle avait un gros bleu sur une joue. Elle jura qu’elle avait tenté d’empêcher son mari, mais qu’il n’en avait fait qu’à sa tête, comme toujours. Elle se mit à replacer la chambre, méthodiquement, des sanglots étouffés dans sa voix. Hyacinthe se leva et l’aida. À eux deux, ils remirent la chambre en ordre, sans mot dire, partageant un lien invisible de compassion dans la souffrance. Quand enfin la chambre fut en ordre, Henriette invita son beau-père à venir dîner: la soupe était prête. Ils mangèrent tous deux, avec Omer, en silence. Puis, ils reprirent chacun leur place. Le petit retourna à son jouet, Henriette à son poêle, Hyacinthe à son fauteuil. Il resta silencieux, tirant sur sa pipe, plongé dans des pensées d’une infinie tristesse. Le souper arriva bientôt, et tous retournèrent à table. Ils complétaient leur ragoût de pommes de terre lorsque Casimir surgit.

Il avait bu, c’était évident. Il titubait, parlait d’une voix empâtée, ricanait pour rien. Quand il vit la petite tablée, son œil mauvais s’alluma, un sourire cruel déforma ses traits, et il lança:

« Alors, le père, je l’ai eu, le magot, pas vrai?
- T’es un salaud, cracha le vieil homme. T’avais tout prévu, pas vrai? Ta gentillesse hier chez Brod, c’était des menteries. Tu voulais juste me soûler pour me dépouiller, pas vrai?
- Allons, allons, le père. Je vous ai pas forcé à boire. Hi, hi! Vous qui tempêtez tout le temps contre la boisson, vous étiez beau à voir, avec un p’tit verre dans le nez. Hi, hi, hi!
- Ça suffit, rugit Hyacinthe, se levant. T’as aucun droit sur cet argent-là. Tu l’as volé. C’est moé qui l’a gagné, je l’ai travaillé, avec ma sueur! Tu vas me le rendre tu-suite, c’est clair?
- V’nez donc le chercher, répondit Casimir, tapant sur sa poche d’où sortit un bruit de métal qu’on cogne ensemble. Moé, ce que je trouve, j’le garde!
- Mon p’tit verrat! », s’écria Hyacinthe, hors de lui.

Et, fou de rage, il se jeta sur son fils. Ce dernier, à cause de l’alcool, se trouva rapidement en équilibre précaire. Mais la colère décuplait ses forces, et en moins de deux, il jeta son père au sol, lui laboura les flancs de ses poings, et lui brisa le nez. Le vieil homme resta au sol, subissant les coups de son fils, de la chair de sa chair. Enfin, lorsque Casimir fut calmé, il se releva, triomphant, et lança: « Qui est le plus fort, maintenant, hein? Qui est le plus fort, le père? ». Il ricana méchamment, replaçant ses vêtements. Hyacinthe resta étendu au sol, le souffle court. Son orgueil souffrait autant que lui. Il voyait les derniers restes de son autorité passée s’envoler. Il n’était plus qu’un petit enfant, soumis à un père tyrannique. Incapable de se relever, il se traîna lentement vers sa chambre, passant aux côtés de Henriette et Omer, recroquevillés dans leur coin, frissonnants, incapables du moindre mouvement. Il atteignit sa chambre, et y entra, s’allongeant sur son lit, cherchant ses mouchoirs pour arrêter le sang qui ne cessait de couler de son nez. Casimir, lui, s’assit nonchalamment à la table, exigeant son souper à Henriette. La pauvre femme, en état de choc et enceinte jusqu’aux yeux, fit tout ce qu’il demandait.

Le soir même, Wilbrod vint à la maison. Ils étaient sensés venir chez lui en après-midi pour le départ de toute la famille vers la gare de Saint-Jérôme, que s’était-il passé? Casimir répondit que le père était souffrant, et qu’ils n’avaient pas voulu le laisser. Le médecin, qui avait bien vu le bleu de Henriette et que le plancher était frais lavé, là où il y avait eu du sang, demanda alors à le voir. Casimir s’y opposa vigoureusement. Il n’allait pas mal, il devait se remettre de sa brosse de la veille, voilà tout. Wilbrod, qui savait bien que son père était parfaitement dégrisé lorsqu’il l’avait laissé sur le pas de la porte, n’insista pas. Il décida de revenir plutôt le lendemain, lorsque son frère n’y serait pas.

Le lendemain, Wilbrod guetta Casimir toute la journée au village, attendant qu’il y soit pour aller voir son père. Mais son frère ne vint pas. Chaque jour, entre deux patients, il allait faire un tour sur la rue principale, cherchant Casimir partout. Une semaine passa, et la veille de Noël était arrivée. Wilbrod se décida alors à s’y rendre, officiellement pour les inviter au réveillon du Jour de l’An, chez lui. Il arriva au beau milieu d’une dispute entre Henriette et Casimir. La première disait que ça n’avait plus de bon sens, qu’il fallait aller chercher le docteur. Le second s’y opposa violemment. « Qu’il crève, cria-t-il, on en serait débarrassé! ». Wilbrod acquit alors la conviction que son père était au plus mal. Mort d’inquiétude, il resta néanmoins dehors, attendant que la dispute cesse. Puis, il attendit un autre moment, grelottant dans le froid vent de décembre, pour s’assurer qu’on ne pense pas qu’il ait entendu. Enfin, il cogna à la porte. Henriette le fit entrer. Wilbrod parla alors du réveillon du Jour de l’An, enjoint la famille à fêter avec eux. Puis, il demanda à voir son père. Casimir répondit d’abord qu’il n’était pas là. Wilbrod insista tout de même, disant que c’était la veille de Noël, qu’il voulait serrer la pince à son père. Casimir répéta qu’il était sorti. Il ne savait pas où. Découragé, Wilbrod dû se résoudre à prendre congé. Mais cette fois, alors qu’il remettait son manteau, Henriette s’approcha et lui glissa à l’oreille: « Revenez demain, à 11 heures. Je m’en occupe. » Wilbrod, soulagé, salua et sortit.

La punition divine, partie 4

L’été arriva bien tôt cette année-là, et les deux hommes retournèrent travailler aux champs. Or, Casimir sembla mettre moins de cœur à l’ouvrage, cette fois. Les grandes chaleurs laissaient présager une sécheresse, ce qui n’était pas au goût des cultivateurs. Le travail importait d’autant plus, pour assurer une irrigation constante. Pourtant, Casimir ne s’en faisait pas. Il travaillait à un rythme très lent, se traînait les pieds, se prélassait au soleil. Lorsque son père le sermonnait, il répondait simplement qu’avec l’argent des loyers, il pourrait toujours survivre et s’acheter de la nourriture. Hyacinthe désespérait à nouveau de son fils. Il camoufla toutefois sa déception. Henriette lui faisait toujours de bons repas, Omer enchantait toujours ses soirées, et cela lui suffisait comme bonheur. Il angoissait pour son bien, évidemment, mais se disait que ce n’était peut-être qu’une passe, que Casimir goûtait à la joie d’être propriétaire, ce qui ralentissait son ardeur, et que la chaleur suffocante le poussait sûrement à la paresse. Lui-même, Hyacinthe, était incommodé par celle-ci. Il avait de la peine à respirer, suait à grosses gouttes, et devait souvent s’arrêter, son cœur battant à tout rompre. Lorsqu’il s’arrêtait, reprenant son souffle, Casimir souriait sournoisement. Il se disait qu’avec un peu de chance, son père aurait une attaque, ce qui le rendrait seul maître à bord. Il fut toutefois déçu cet été-là: le père Brissette était encore solide, et son cœur tint bon. À l’automne, la récolte fut plutôt mauvaise. Hyacinthe, faisant les comptes, était désespéré. Il calcula que s’ils se rationnaient, les animaux ayant besoin de leur avoine et de leur foin, ils en auraient juste assez pour eux, jusqu’à Pâques. Il devenait clair qu’il y aurait pertes cette année. Lorsque son père lui annonça la nouvelle, Casimir prit peur. Il ne comptait pas aller aux chantiers cet hiver-là, et ce bilan menaçait ses projets. Il refit les comptes, deux fois plutôt qu’une, et dû se rendre à l’évidence. Inquiet, se demandant quoi faire, il se rappela alors ce que lui avait dit son père, une fois, après son retour. Il était revenu de chez les Gagné, où il était allé chercher leur loyer, et avait mentionné qu’il était bien content de ce jeune Émilien, qui se faisait un point d’honneur de payer les dettes de son défunt père. Lorsque Casimir lui avait demandé à quel point il était endetté à leur endroit, son père avait refusé de répondre. Il en avait conclu que les montants en arrérages devaient être importants. Il résolut donc d’aller cogner à la porte des Gagné.

Le lendemain, Casimir mit son projet à exécution. Émilien l’accueillit cordialement. Il n’était toujours pas riche: depuis que ses frères cadets avaient quitté la maison, il n’avait pu compter que sur son plus vieux, un garçon de onze ans. Il avait à charge sa vieille mère, sa femme et trois autres enfants plus jeunes. Par chance, c’était un travailleur acharné, et il était économe, ce qui lui permettait de rembourser, par à-coups, les dettes de son père. Du haut de ses trente-trois ans, il en paraissait cinquante. Mais il était fier de prouver qu’il n’était pas comme son père, et qu’il remboursait ses dettes.

Rapidement, Casimir déballa son sac. Il lui annonça qu’à cause de la mauvaise récolte, il n’avait d’autre choix que d’augmenter son loyer. Aussitôt, Émilien paniqua. Il avoua que sa famille aurait à peine de quoi vivre cet hiver, et qu’il ne pouvait en conséquence payer plus de cinq piastres par mois. Casimir répliqua que c’était hors de question. Il rappela également à son locataire les nombreuses dettes que son père avait contractées, et évoqua le remboursement de celles-ci pour justifier l’augmentation du loyer. Émilien, écrasé par cette injustice, lui dit qu’il en appellerait à monsieur Brissette. Cela ne fut pas au goût de Casimir: il saisit son opposant par le collet, et lui dit que désormais, c’était lui le propriétaire, et qu’en conséquence, il était mieux de se conformer à son jugement. Apeuré, Émilien flancha. Il fut convenu que le loyer passerait à dix piastres par mois, dès le premier du mois prochain. Satisfait, Casimir rentra alors à la maison.

L’histoire fit grand bruit dans le rang. Émilien, accablé, s’était plaint amèrement à son voisin, qui avait répandu la nouvelle. L’histoire finit par arriver aux oreilles de Hyacinthe, un jour qu’il prenait le café chez son gendre. Horrifié, il alla sur-le-champ voir Émilien, et lui assura que cela resterait cinq piastres par mois. Puis, il alla confronter son fils. Casimir devint alors furieux. C’était aussi son bien, non? L’hiver serait dur, Gagné leur devait de l’argent, l’augmentation était justifiée. Le père Brissette grimpa alors dans les rideaux. Tant qu’il serait en vie, c’était lui qui gérerait leurs revenus, comme il l’entendait. Il était hors de question d’augmenter Gagné: cela revenait à mettre sa famille à la rue. Casimir s’emporta alors. Il dit qu’il était trop bon, qu’il se faisait rouler, qu’en affaires il faut être dur. Hyacinthe refusa de lâcher prise pour autant. Ce fut leur plus violente querelle. Casimir passa à un cheveu de frapper son père. Ce fut Omer qui le sauva de cette bêtise. Le petit garçon, qui s’était caché pour pleurer aux premiers éclats de voix, finit par énerver son père de ses sanglots. Ce dernier alla le gifler violemment, lui disant de se la fermer, qu’un gars, ça ne pleure pas. Omer n’en pleura que davantage. Casimir devint alors fou. Il se mit à battre son enfant, et le fit grimper au grenier, qu’il lui interdit de quitter. Puis, il redescendit: sa colère s’était épanchée. Hyacinthe, qui avait suivi la scène, était tétanisé: il réalisait, pour la première fois, que son fils était toujours aussi brutal. Il se vit alors, amoindri physiquement, vieux, face à cette pièce d’homme, au cou de taureau, aux muscles de cheval, jeune. Il prit alors peur. Mais il eut de la chance: Casimir, calmé, lui dit qu’il avait raison, que pour l’hiver, on n’augmenterait pas Gagné. Il serait toujours possible d’en rediscuter au printemps. Cela convint au vieil homme.

L’hiver s’installa, et Casimir partit avec déception pour le chantier. Il en revint encore plus mauvais qu’avant. Durant toute la saison froide, il avait rêvé à sa terre, en maniant la hache. Il avait décidé qu’elle était sienne, et qu’il en disposerait dès lors comme il le voulait. Puisque son père lui faisait une scène pour les loyers, il résolut de passer par-dessus sa tête. Émilien était sur le même chantier que lui cet hiver-là. Il l’avait menacé sur place, et avait convenu que dès lors, il verserait cinq piastres de plus par mois. Mais c’était à lui, Casimir, qu’il les remettrait en main propre. S’il en parlait à Hyacinthe, il lui jura qu’il le chasserait. Émilien dû s’y conformer. Cette victoire avait grisée Casimir. Aussi, lors de son retour, décida-t-il de gérer lui-même son bien. Il alla voir l’autre locataire, Guénette, et lui fit les mêmes menaces qu’à Gagné. Le pauvre homme, qui avait toujours été peureux, acheta la paix, renonçant à manger convenablement. Casimir régna dès lors en despote sur les locataires. Hyacinthe, qui ne savait rien de ces marchés, continua de collecter ses cinq piastres par mois. Il remarqua bien que les familles avaient dès lors grise mine, et qu’ils semblaient encore plus pauvres qu’avant. Lorsqu’il posait des questions à ce sujet, les deux hommes blâmaient la mauvaise récolte précédente. Cela fut une explication suffisante pour le vieil homme. Il faut dire qu’il était lui-même fort soucieux.

Ce n’était plus rose du tout au logis. Casimir avait recommencé à boire, si bien qu’il s’emportait maintenant facilement. Il battait Omer pour un rien. Sa femme, qui avait eu le malheur de tomber à nouveau enceinte, subissait le même sort. Hyacinthe n’osait pas intervenir. Effrayé par son fils, il s’enfermait dans sa chambre, attendant que l’orage passe. Il craignait qu’un jour, son garçon aille trop loin. Il devait protéger la petite famille. Mais à chaque explosion, la peur le tétanisait, et il était incapable de se porter à leur défense. Il se contenta alors de travailler le plus qu’il le pouvait, pour assurer à tout le moins de bonnes conditions matérielles à la famille. Il ne s’emportait plus contre Casimir lorsqu’il rentrait ivre en pleine nuit: il avait trop peur de recevoir un coup de poing. La peur hantait chacune de ses pensées, et il se mit à songer à tout en fonction de la réaction de son fils. Il achetait la paix lui aussi, comme Gagné et Guénette. Il ne prenait plus sa longue marche, le dimanche. Il avait trop peur que pendant son absence, Casimir s’emporte et tue le petit ou provoque chez Henriette une fausse couche.